lundi 16 janvier 2017

Chronique de la bêtise ordinaire

J'ai surpris une conversation. Ma mère m'avait bien dit que c'était mal d'écouter aux portes mais à ma décharge, j'étais en train de travailler et ils parlaient fort dans la salle à café, en face. Tant et si bien que, malgré ma porte fermée, j'entendais ce qu'il se disait.

Bref, j'ai surpris une bribe de la discussion. Et ça m'a bien agacée.

Une personne s'énervait d'avoir à justifier de son statut de résident pour un trajet (en avion, probablement, je n'ai pas tout entendu) et il conclut par un : 

"Tu te rends compte avec mon nom ? Devoir justifier de mon statut de résident !"

J'appelle cela de la bêtise ordinaire. Cette personne n'est pas sans ignorer qu'on peut avoir un nom bien corse et ne pas y vivre (il y a 15 mois, il était en France). Elle n'est pas sans ignorer aussi qu'on peut avoir un nom pas corse du tout et y vivre. Les tarifs résidents sont là pour permettre la continuité territoriale entre la France et la Corse, quelle que soit l'origine du voyageur, à condition qu'il vive effectivement en Corse.

Quoiqu'on en pense, la Corse est toujours française. Est-ce juste ou injuste ? Doit-on donner à la Corse son indépendance ? Là n'est pas la question. Pour l'instant, la Corse est française, c'est un fait. Et en tant que région française, elle obéit aux règles de la République française. Parmi toutes ces règles, il en est une qui dit qu'on ne peut discriminer sur la base d'un nom de famille. Ainsi, ce n'est pas parce-que ton nom de famille est corse que tu as moins besoin de justifier de ton statut de résident que moi avec mon nom pinz' ou le voisin avec son nom portugais ou arabe. C'est comme ça et ce n'est pas autrement.

Mais est-ce vraiment de la bêtise ordinaire ou devrais je le désigner comme du racisme ordinaire ? 

En tout cas, j'ai été blessée par cette remarque. La prochaine fois, je n'écouterai pas aux portes.


jeudi 12 janvier 2017

Surprise - Insta'Corse #4

Alors que la veille il faisait encore relativement doux, un vent glacé venu directement de Sibérie nous a tous congelés sur place jeudi dans la journée. La différence de température était nette. L'hiver semblait enfin arrivé ... un 5 janvier, il n'est pas encore trop tard !

Mais il faisait si froid que le samedi, nous n'osâmes pas sortir. Après une journée enfermés, le dimanche, nous primes notre courage à deux mains, nous nous équipâmes pour affronter l'air polaire et descendîmes aux Sanguinaires, à la pointe de la Parata.

L'occasion aussi de prendre en main mon tout nouveau joujou. Ainsi, à l'aller, je repérai des fleurs et me dit qu'au retour, avec les îles en fond, ce serait magnifique. Au retour, je n'oubliai pas et commençai à me préparer quand un oiseau vint s'y poser. Je ne voulus pas le déranger et le cliché préparé mentalement à l'avance céda sa place à l'instantané.



Cela se passe de commentaire. C'est la Corse. C'est la beauté de la vie et de sa spontanéité.

mercredi 11 janvier 2017

Comment font-ils ?

Je me rends compte que ça fait longtemps que je n'ai pas parlé d'école ici (presque 2 mois, dis donc !) ... Franchement, je manque à tous mes devoirs ! A l'époque, je vous avais laissé sur un Catboy qui commençait à aimer l'école ! C'en était presque inespéré vus les débuts difficiles qu'il a eus et dont j'avais donné un aperçu il y a de cela un an.

Alors, où en sommes nous en ce début 2017 ? Avec la reprise après ces "grandes" "vacances" ? Et bien, on va dire que ce n'est ni noir ni blanc ... Aller à l'école, en soi, ça ne lui pose pas de souci. A table, il se sert de ses couverts pour vérifier que nous connaissons bien les chiffres et les lettres. Ce qui lui pose désormais problème c'est, depuis quelques jours, la cantine ... A croire que lui, notre grand mangeur devant l'éternel, y a récemment été traumatisé. Son angoisse du matin est de savoir s'il va devoir manger à la cantine et si par malheur nous lui répondons "oui", il part en crise.

Mais que s'est il donc passé ?

Un phénomène que seules les cantines connaissent. Un secret transmis de longue date de préparateur de repas de cantine en préparateur de repas de cantine.


Les épinards

Oui, vous avez bien lu : ils ont osé donner des épinards à la cantine ! Enfer et damnation : des épinards !!!! On a interdit la fessée et on laisse servir des épinards en cantine ... C'est à n'y rien comprendre ! C'est un scandale, même ! Moi, je vous le dis, c'est de la maltraitance caractérisée !

Toutes les personnes normalement constituées qui ont déjà mangé des épinards à la cantine seront d'accord avec moi : il n'y a pas pire que cette chose verdâtre dans une assiette de cantine !!! Je ne dis pas que les épinards c'est mauvais, je dis juste que les épinards de cantine, c'est dégueulasse !

La preuve ? 

La preuve : Batgirl. Batgirl est une enfant désormais relativement facile à table. Quand on a le toupet de servir un plat contenant des épinards, elle en redemande : tarte, lasagnes, roulé chèvre-épinard (d'ailleurs faudra un de ces quatre que je refasse la recette de Maman ça déborde, on avait adoré) ... C'est trop bon maman, j'en reveux ! Il n'y a jamais de restes. Et bien, vendredi, on lui a posé la question, on lui a demandé comment c'était ? Ça a fusé : j'ai goûté mais je n'ai pas fini, c'était pas bon !

Comment font-ils ? Je me le demande ! Ils le font exprès, je vous le dis ... Et le pire, c'est que lundi, ils ont ré-édité leur exploit avec des brocolis. Autant dire que le soir les enfants se sont rués sur les pommes qui étaient dans la voiture. Et désormais, j'ai un Catboy traumatisé de la cantine, qui pleure dès qu'on lui dit que le midi il va y manger.


Bref, un de ces quatre, je vais écrire un plaidoyer sur les épinards, parce-qu'ils le valent bien.

Et puis s'ils osent ré-édité ce genre d'exploit, je lance une pétition pour interdire les épinards à la cantine. Et puis les choux de Bruxelles. Et puis les brocolis. Si toi aussi tu as des idées d'aliments / de plats qui peuvent être bons mais où les cantines excellent dans l'art de nous les faire détester, vas-y, balance !

lundi 9 janvier 2017

Je n'aime pas racheter

En 2016, Titine a dignement soufflé ses 15 bougies. C'est un âge respectable, je trouve et ce qui est bien avec Titine, malgré ses 15 ans, c'est qu'elle ne nous fait pas de crise d'adolescence ... Si deux énergumènes de ma connaissance pouvaient suivre son exemple ... Suivez donc mon regard ...

Bisous Batgirl et Catboy

En 2016, mon appareil photo a soufflé ses 9 bougies. C'est un âge respectable pour un si fidèle compagnon. Il est parfois capricieux mais c'est un fidèle compagnon, toujours là (ou presque) quand on a besoin de lui.

En 2016, mon téléphone d'Ajaccienne a soufflé ses 5 bougies. Il est presque aussi vieux que mon blog qui lui en a soufflé 6. Un téléphone dont tout le monde se gaussait quand je l'ai pris, en remplacement de son prédécesseur qui avait lamentablement rendu l'âme au bout d'à peine 2 ans, assouvissant un "caprice". Mais, 5 ans après, qui l'eut cru, il est toujours là, moins rutilant, un peu "usé", beaucoup cabossé, mais toujours là, vaille que vaille.

Il faut croire que j'aime les vieilleries puisque cela fait des années que je conduis la même voiture, que je prends des photos avec le même appareil, que je téléphone avec le même mobile. Il faut croire. Ou alors, je serais hostile au changement. Peut-être ?


Peut-être, en effet, que je suis hostile au changement, après tout. Peut-être en effet que j'aime bien mes petites habitudes, mes vieilleries ou que la nouveauté me fait peur. Qui sait ? Et pourtant, ce n'est pas faute, de temps en temps, d'avoir envie de me séparer de Titine pour une voiture toute neuve, pas cabossée, confortable et économe en essence. Et pourtant. Et pourtant, je ne le fais pas. Je ne le fais pas tout simplement parce que dès que l'idée me traverse l'esprit, dès que l'envie me démange, j'ai instantanément mauvaise conscience. J'ai mauvaise conscience parce-que je me dis que je cède aux sirènes de la société de consommation puisque Titine, malgré son grand âge, malgré son entretien hasardeux, ne me lâche pas. Elle continue à rouler, sans panne (juste quelques faiblesses de batteries quand il fait froid, l'hiver).

Bref, pourquoi changer quelque chose qui fonctionne encore ? Je ne sais pas faire. Et c'est mon banquier qui me fait de gros bisous.

Et pourtant, en 2016, j'ai été obligée de remplacer l'une de mes trois vieilleries. A contre-cœur, j'ai dû la remplacer par une tout neuve, toute belle. Il faut dire qu'elle ne m'a pas franchement laissé le choix. Après une épopée en Mongolie. Après l'Islande et la Norvège. Les 100 milliards de photos des enfants, sous tous les angles (ou presque). Après être tombé dans une rivière alors qu'il n'est pas étanche 6 ans auparavant. Mon appareil photo a eu le cliché de trop. Celui qu'il n'a pas pardonné. Celui qui lui a fait rendre l'âme.

Source - Je mettrai ma photo plus tard ...
Une église. Pas n'importe laquelle, la basilique de Re, au fin fond de l'Italie. En plein mois de juillet. Au milieu de nos vacances. J'avais encore au bas mot 5 000 photos à lui faire faire pour la semaine qu'il nous restait. J'ai bien essayé de lui dire des mots doux, de le secouer (ça l'avait réparé lors de sa chute dans l'eau six ans plus tôt), de le mettre au repos. Il n'a rien voulu savoir. C'était la photo de trop.

J'ai bien essayé de l'amener chez un spécialiste pour le faire réparer. Je l'aimais cet appareil photo. On m'a rit au nez : mais ma brave dame, votre appareil est un vieux tromblon, un compact en plus (traduction : une sous merde qu'on remplace tous les 2 ans), il vous en coûtera moins cher de vous en acheter un neuf, un mieux ... Bref, je me suis faite envoyer sur les roses et j'étais énervée. Énervée parce que je ne comprends pas cette société qui veut qu'on ne cherche même pas à trouver une panne et essayer de la réparer. Société du jetable. Du consommable. Tout de suite et maintenant.  Et là, je ne te parle même pas de l'obsolescence programmée. Je ne parle même pas de ces produits qui à peine sortis du magasin ont déjà leur remplaçant. 

Bref, tout ça pour dire que je vais continuer à faire comme j'ai toujours fait : remplacer quand c'est hors d'usage et pas avant. Mais que ça me fait quand même bien c*** de ne pas pouvoir réparer. Qu'on ne coure pas mais qu'on fonce vers notre perte, en accélérant pour arriver plus vite dans le mur.

Et aussi pour dire qu'à Noël, j'ai eu un bel appareil photo tout neuf qui fait de superbes photos et que vous n'avez pas fini d'en baver avec toutes mes photos !!!





vendredi 6 janvier 2017

A l'an que ven ...

... Se sian pas mai, siguen pas men !

J'ai un peu de mal à reprendre le blog cette année. En même temps, nous ne sommes que le 6 janvier et il n'y a pas de quoi s'affoler non plus ! Mais je crois que c'est dû à cette tradition qui veut que l'on recommence par souhaiter la bonne année. Et j'ai un peu de mal à souhaiter la bonne année. 

J'ai bien failli faire comme en 2015 : m'abstenir. Mais bon, je suis un peu superstitieuse, alors je m'abstiens de m'abstenir.

J'ai bien failli faire comme en 2016 : me précipiter pour tordre le cou au mauvais oeil. Mais bon, on a vu ce que ça donnait et ... je suis un chouïa superstitieuse.

J'ai bien failli faire comme Aileza et te présenter mes anti-voeux. Mais là je ferais du plagiat. Et je n'aime pas plagier. Je suis unique.

Bref. Je suis bien embêtée avec cette histoire de vœux de nouvelle année. Ce n'est pas que je ne vous souhaite pas une belle et heureuse année, et la santé, surtout, et la réussite et tout et tout. Mais en fait, c'est juste que ce n'est pas spécifique au mois de janvier. C'est un peu tout le temps.

Bref, je suis bien ennuyée.

Alors, je vais faire dans la tradition. En 2016, je le souhaitais en corse. Cette année, ce sera en provençal. Parce qu'après tout, elle est pas bête la formule provençale. Et en 2018, je respecterai la tradition familiale : vous verrez, elle n'est pas triste. Patience !

Donc : 

A l'an que ven. Se sian pas mai, siguen pas men !

(A l'an qui vient. Si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins).


jeudi 15 décembre 2016

Décembre en Corse

J'aimais bien aller trainer mes guêtres du côté de la place Victor Hugo. J'ai souvenir de jeux de lumière dans les fontaines gelées, de collants sous le jean pour me protéger du froid. Mais j'aimais bien ça. Noël approchait, une ambiance particulière régnait sur ma ville, un air de fête.

C'était il y a bien longtemps.

Aujourd’hui, ces froids vifs ont disparu. Ils sont loin de moi, dans ma mémoire et dans mon cœur. Allie réchauffement climatique et migration du cœur des Alpes vers la Corse et tu auras une idée du fossé entre ces mois de décembre.

Et même si ces froids vifs me manquent. Même si je regarde avec peine les rares névés subsistant des chutes de neige de novembre, en haut, tout en haut de la montagne. J'adore décembre en Corse. C'est un mois un peu particulier entre traditions locales et envie de vivre comme partout. Un mois en douceur, comme une parenthèse dans l'hiver. Décembre en Corse, peu le connaissent et pourtant, il est sans doutes l'un des plus beaux.

Viens, je vais te conter mon mois de décembre.

Le soleil brille et les oiseaux chantent. La douceur est là, on s'installe en terrasse, parfois au bord de la plage et on ferme les yeux. Cette douce caresse sur la peau, c'est celle du soleil. Mais sommes nous vraiment en décembre ? Attends un peu. Attends qu'un nuage passe ou que le soleil passe derrière une montagne ou l'horizon et tu sauras. Décembre se rappellera à toi par ses picotements sur ta peau, tes doigts qui se frigorifient.

"Je suis gelé comme un glaçon" te dira le petitout de 4 ans. Tu as raison mon coeur : n'oublions pas que nous sommes en décembre et que pulls, manteaux, gants et bonnets ne sont parfois pas du luxe. 

Mais malgré tout, le soleil est là et on en profite. De bon matin, il nous illumine d'une lumière particulière, à nulle autre pareil. Je n'ai jamais réussi à la capter avec un appareil photo. des tons bleus-gris-rouges. Une atmosphère calme. Le soir, au couchant, elle devient féériquement orangée. Comme partout dans le monde occidental, on a installé les guirlandes et les lumières de noël mais je les trouve superflues : le soleil se charge seul et parfaitement des illuminations.

En décembre, les cheminées fonctionnent à plein régime. L'air des villages se parfume d'une douce odeur de feu de bois, ou alors de figatellu grillé. Car décembre voit apparaître les premiers figatelli. La tradition veut qu'on les mange grillés à la cheminée, accompagnés de pulenta et de brucciu. Et on voit fleurir les soirées Pulenta. On oublie la plage et le maillot, ils sont tellement loin maintenant.

Certes les marchés de noël, leurs patinoires et leurs vins chauds fleurissent un peu partout. Mais n'oublions pas que c'est la saison de la clémentine ! Les vergers arborent de belles couleurs orangées, et si l'on passe à la bonne heure, le spectacle est sans nulle autre pareille. Et au bord des routes, les vendeurs sont là, on les achète par filets entiers et la môme a demandé à ce qu'on remplace biscuits et compote du goûter par des clémentines ...

Je n'ai certainement pas fait le tour de la question et si parfois j'en viens à languir les fontaines gelées, je n'ai qu'à ouvrir ma fenêtre et humer l'air, regarder autour de moi le spectacle de décembre en Corse.

mercredi 14 décembre 2016

Quelques mots pour Alep


Sous nos yeux, Alep se meurt.
Et l'immobilisme demeure.
Pour les aider,
Qu'avons nous fait ?

Mais que faisons-nous ?
Alep se meurt devant nous.
Et nous nous déchirons.
Pourtant, certains ont trouvé la solution.

Si simple, si évidente.
Plutôt que de fuir.
Se battre, ils n'ont qu'à.

Alep s'est rebellée.
Alep est massacrée.
Avec elle, la troisième voie s'éteint.
Avec elle, l'alternative à Bachar et Daesh s'éteint.

Mais pour Alep, qu'avons nous fait ?
Les coupables avons désigné.
Bachar et Poutine
Et nos dirigeants immobiles.

Puis les yeux avons détourné.
A nos petites vies sommes retournés.
Comprends, nous avons une crise économique.
Comprends, nous avons une crise politique.

Alep, je suis déchirée.
Alep, je suis désolée.
Nous t'avons abandonnée
Et notre humanité, piétinée.

L'histoire nous regarde.
L'histoire nous juge.

J'ai honte, tellement honte.
De nous, de moi.