Main basse sur l'école publique

Main basse sur l’école publique est un livre co-écrit par Muriel FITOUSSI (journaliste) et Eddy KHALDI (enseignant). J’en avais entendu parler il y a de cela fort longtemps, dans une autre vie et avant sa sortie. Le résumé avait accroché la vilaine gaucho que je suis et la descendante de 5 ou 6 générations d’enseignantes ; j’en avais alors parlé dans mon blog de l’époque et j’avais attendu patiemment sa sortie. Ma vie a par la suite été un peu mouvementée et je me suis décidée à l’acheter et le lire cet hiver.


Il démontre, chiffres et surtout publications diverses et variées à l’appui, comment l’Education Nationale, née de l’idéal de l’école laïque et gratuite est aujourd’hui en danger de mort.
Ce livre démonte tous les mécanismes, depuis près de 30 ans, avec une forte accélération ces 15 dernières années, et le lobbying de certains groupuscules qui ont conduit à l’actuelle politique gouvernementale.
Cet ouvrage, c’est sur l’histoire d’un complot, mettant en lumière l’identité de ses protagonistes d’horizons semble t’il si différents mais tous animés d’une seule et même ambition : détruire le service public d’éducation.

Qui ?
Une nébuleuse, à droite de la droite, composée une douzaine d’associations aux noms évocateurs : « Enseignement et libertés », « Créateurs d’écoles », « OIDEL », « SOS Education », « FSP - Fondation de service politique », « Créer son école », « CLE - Catholiques pour les libertés économiques », « ILFM – Institut libre de formation des maîtres», « Fondation pour l’école », « Famille et libertés », « Mission pour l’école catholique » … ou encore, ALEPS, filiale ultra-libérale du MEDEF.
Leurs penseurs viennent des « think tanks » du Front National, du Club de l’Horloge. Voire, pour certains, de l’Opus Dei.

Que veulent-elles ?
Toutes ces associations réclament, à corps et à cris, l’avènement de la « liberté de l’enseignement » en France. Qu’entendent-elles par « liberté » ? Il s’agit en fait, d’organiser la mise en concurrence des établissements scolaires, dans une optique de concession de service public voire de marchandisation de l’école.
Celle-ci garantirait une « offre scolaire diversifiée », sensée répondre à une attente désespérée des familles, injustement privées de leur liberté de choix … Des mots d’ordre libéraux bon teint, en apparence, mais qui, en réalité, servent opportunément la vision cléricale de ces nouveaux croisés. Ils n’espèrent rien d’autre que le retour à l’école d’antan, celle d’avant la République, aux mains de l’Eglise.

L’école publique laïque, voilà l’ennemie
L’œuvre de Jules Ferry est devenue un véritable bourbier, porteur de tous les signes de décadence de notre époque, coupable d’une entreprise criminelle de corruption des mœurs de la jeunesse.
Et oui, l’école de Jules est aux mains des vilains syndicalistes de l’Education nationale, héritiers du bolchevisme, décidés, couteau entre les dents, à faire de nos chères têtes blondes de la graine de révolutionnaires nihilistes. Les programmes scolaires sont stigmatisés, accusés d’intelligence avec l’ennemi, par la diffusion d’une vision marxiste et culpabilisante de l’histoire mondiale.
Les profs, tous des incompétents, impuissants à endiguer la violence et l’échec scolaire.

«Guide du candidat 2007/2008»…
Dans le sillage de la dernière présidentielle, l’ALEPS et d’autres éditaient un «Guide du Candidat 2007/2008 », véritable feuille de route énonçant un catéchisme auquel devrait se conformer le candidat favori, dans une logique purement libérale. Et le gagnant fut … Nicolas SARKOZY, arrivé en tête des notes attribuées aux divers candidats.

Si on compare le programme de ces associations et le calendrier des réformes (ainsi que leur teneur) mises en œuvre par notre cher président, on ne peut que constater d’étranges coïncidences.
Mais qu’attendre d’autre du « chanoine honoraire » ? De celui qui déclara, le 20 décembre 2007, dans une vibrante homélie : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie ».

Il nomme un certain Xavier Darcos Ministre de l’Education Nationale, Dominique Antoine Conseiller Education du nouveau Président de la République et Maurice Quenet Recteur de Paris.
Ces charmants personnages sont des membres fondateurs de l’éphémère association "Créateurs d’écoles". Le bulletin n°1 de cette association met en exergue un objectif : « l’identification des verrous et les moyens de les faire sauter » (…) « problèmes juridiques et financiers, rôle des collectivités locales », « gestion des personnels », « outils pédagogiques », « élèves, affectation, aide sociale », « programmes d’enseignement », « personnels administratifs, techniques, ouvriers et de service ».
Afin de « faire sauter » ces verrous, l’association préconise, non pas une révolution, mais une réforme de velours. « Ce sera sans doute la partie la plus délicate de notre travail, car il ne nous faudra pas tomber dans le piège de la « réforme globale », mais identifier avec précision les actions nécessaires, tout en les rendant possibles. (….) La solution réside sans doute dans la mise en œuvre de dispositifs dérogatoires, qui n’obligent pas à la remise en cause systématique de tout l’existant, mais qui permettent d’importantes innovations au niveau des établissements d’enseignement. » Un lent travail de déconstruction, pièce après pièce, de la maison Education. Un véritable projet de gouvernement.

Commentaires

  1. Article très intéressant! Bien placée pour déplorer tout cela, je rajouterai qu'en plus des politiques il existe même au sein de la corporation des enseignants de sacrés connards qui contribuent au déclin du métier. Je suis prof et je le crie haut et fort à ceux qui ne sont pas dans ce métier: dans ce boulot, il y a énormément de gros cons, et la plupart du temps amis parents d'élèves, quand vous pensez que le prof de votre enfant est un blaireau, ben c'est vrai... A savoir si j'en fais partie, là c'est une autre question... Mais je vous le dis, ce job est rempli de cons qui se la pètent et prennent les parents pour des cons.
    Catwoman je te plussoie à bloc comme on dit sur cet article, et là ça me fait penser que je suis aussi très énervée sur les gens qui m'entourent dans mon milieu, parce que voilà quoi...

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  2. Ne t'énerve pas Marilou ...
    Comme je le dis en introduction de l'article :même si je ne suis moi-même pas enseignante, je connais très bien ce milieu vu qu'une grande partie de ma famille est dans l'enseignement (ça va de la maternelle à la fac), en commençant par ma propre mère. Et c'est vrai qu'il y en a qui ne sont pas tristes, comme dans tous les métiers.
    Sinon, je te conseille vivement ce livre.

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  3. Désolée j'avais justement passé une très sale journée à cause de mes collègues. Je suis aussi fille d'enseignants donc ça fait des années que je connais ce milieu et je déplore de plus en plus les mentalités de certains collègues. Il y a un moment où il faut arrêter de juger toujours les parents et de se croire supérieur aux autres parce qu'on fait ce métier. Mais je te remercie pour cette idée de lecture, je le rajoute à ma liste, je n'en avais pas entendu parler.

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