Mon métier (Fonctionnaire, c’est quoi ? Part Tou)

Aujourd’hui, j’ai envie de continuer à parler du service public. Mais pas celui que tout le monde connaît comme hier, le mien, celui que je vis au jour le jour dans mon travail.

Le service public, c’est vaste. La fonction publique est une énorme machine assez incompréhensible pour le commun des mortels et très difficile à appréhender quand on en fait partie. D'autant plus qu'il y a eu énormément de restructurations depuis quelques années.

Moi, je fais partie de ces petites mains qu’on ne voit pas. Déjà, j’appartiens à un ministère que l’on ne connaît que quand les paysans râlent. En bref, je suis technicienne au ministère de l’agriculture (MAP, pour les intimes).

Que font les techniciens du MAP ? Plein de choses en fait :

  • Les techniciens vétérinaires interviennent dans les abattoirs pour vérifier que les animaux tués seront propres à la consommation, dans la santé et le bien-être animal ;
  • Les techniciens agricoles interviennent dans les aides aux paysans, entre autres ;
  • Les forestiers veillent à ce que les forêts privées soient gérées convenablement et, pour ceux qui travaillent dans le Sud, à les protéger contre les incendies de forêt
  • Il y avait aussi l’ingénierie publique qui aidait les petites communes dans leurs programmes de "modernisation" : planification et mise en place d’un assainissement correct, eau potable, électrification (il y a quelques temps), …

Et puis il y a ceux qui, comme moi, font partie de ce ministère mais travaillent pour celui de l’Environnement. En police de l’eau (j’aime pas le terme de police :-(). Que faisons nous ? Des tas de choses : nous instruisons les projets qui ont un impact sur l’eau (et veillons à ce que celui-ci soit le plus faible possible) et veillons à ce que nos rivières ne soient pas trop polluées. En ligne de mire, nous avons le respect d’une directive européenne (DCE pour les intimes) qui demande le bon état de tous les cours d’eau de France et de Navarre (et même de Corse) d’ici à 2015. Autrement dit, nous ne manquons pas de travail …

Moi, comme je l’ai déjà évoqué, je travaille sur l’assainissement. Et, outre cette fabuleuse DCE, j’ai un autre amour : la DERU. Kesaco ? Une autre directive européenne mais celle-là date de 1991 et imposait à la France (et autres pays de l’Union Européenne) d’avoir des stations d’épuration qui respectent un certain nombre de contraintes avec pour échéances 1998, 2000 et 2005. Ces échéances n’ont pas été respectées par la France et l’Union Européenne râle gueule depuis quelques années et nous menace d’amendes pharaoniques si nous ne nous bougeons pas le fion …

Alors, je "harcèle" (avec les moyens que l’on donne à une technicienne et selon la bonne volonté de M. le Préfet) les collectivités pour qu’elles s’occupent de leur assainissement. Lettres, visites régulières sur le terrain pour vérifier l’état et l'entretien, mises en demeure, instruction des dossiers, remontées d’informations aux différentes autorités (préfet et ministère entre autres). Ce n’est pas tous les jours très glamour. Je n’ai jamais eu un de mes interlocuteurs qui m’ait remercié pour le travail accompli à moins que l’on ne puisse interpréter un courrier d’engueulade d’un exploitant suite à une de mes visites comme un remerciement …

Mais savez-vous ce qui pèse le plus dans tout ça par moments ? Plus que le fait de voir les gens s’intéresser à l’assainissement que quand ça dysfonctionne (et pue) trop ? Plus que l’impression de se battre contre des moulins à vent ? C’est d’aller contrôler la station d’épuration la plus pourrie du département, voir ce que je ne vous décrirai pas pour ne pas vous couper l’appétit, et de ne pas être gênée par l’air irrespirable, de regarder et, s’il est bientôt midi, continuer à avoir faim … Le pire dans l’histoire, c’est que certaines couches d’Alienne, je ne peux pas les changer sous peine de risquer de lui vomir dessus !

Les satisfactions ? Et bien, c’est le moment où l’on voit ENFIN arriver sur le bureau le dossier pour lequel on a bataillé depuis des années, juste avant de l’ouvrir et de l’étudier. C’est le jour de l’entretien d’évaluation, quand le chef se dit satisfait de votre travail.



Comment je suis arrivée là ? C’est une autre histoire que je raconterai demain …


PS : Si vous voulez démystifier votre métier vous aussi, nous dire ce que vous faites, n'hésitez pas : le blog est ouvert ...

Commentaires

  1. C'est vrai que ton métier est un métier de l'ombre, je ne connaissais pas, et ça ne doit pas être très agréable tous les jours, même si tu dois le faire avec beaucoup de cœur et d'intérêt je pense. Et si tu ne le faisais pas, je pense que beaucoup de choses ne tourneraient plus rond. C'est vrai que de se faire engueuler à tout va, ça doit peser à force. C'est comme les fonctionnaires que tu as décrit avant et qui se font souvent engueuler genre à la poste, à la sécu. Le métier que je n'aimerais pas faire non plus, c'est bosser en SAV de magasin, ou être hotlineuse par téléphone, pour ces raisons justement.
    Merci de nous avoir livré cette part de ta vie qui fait que l'on te connaît un peu mieux.

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  2. C'est ça, on se fait engueuler quand on ne fait pas notre boulot mais aussi (et parfois surtout) quand on le fait.
    J'essaie de faire de mon mieux en tout cas et puis je me dis que c'est pour nos enfants : au bout du compte, on cherche à atteindre des rivières en meilleur état où ils pourront se baigner ...

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