Tous ensemble

Ma copine Mowgouaille est éducatrice auprès d'adultes déficients et est chaque jour confrontée aux manques croissants de moyens dans le social, au désintérêt total des politiques pour ces personnes.  Avez-vous entendu les candidats à l'actuelle élection présidentielle faire des propositions pour ce secteur de la société. 
Pour exemple, dans sa structure, ils veulent doubler le nombre de pensionnaires et diminuer le nombre d'encadrants (déjà pas nombreux). De plus, en plus du travail d'éduc',  on leur demande de plus en plus rédiger des rapports, ce qui leur laisse moins de temps pour s'occuper réellement des personnes. Je vous laisse aller voir son pavé de lundi sur son travail.

Jeudi, elle fait grève et manifestera pour essayer de faire bouger les choses, défendre son métier mais elle est complètement désillusionnée et pense que personne n'en parlera.
 
Aujourd'hui, en signe de soutien, je vais republier ce qu'elle m'avait envoyé au mois de juillet. Son cri d'amour pour son métier, sa vocation.

Je suis disponible et disposable 365 jours sur 365, que ma boite ne ferme que les jours fériés, que je ne fais pas les ponts, que je ne peux être soumise à une augmentation puisque je correspond à une grille qui démarre à 1230 euros échelon 1 à 2100 euros échelons 12 (22 ans de service).
Je me suis souvent demandé quels sont donc ces avantages que l'on prête aux fonctionnaires ... La sécurité de l'emploi ? Peut-être... N'étant pas soumise au rendement (quoi que...) je ne peux être mise à la porte que pour faute lourde...

Mais la réalité de mon emploi est là : je suis éducatrice spécialisée. Je m'occupe de personnes déficientes intellectuelles. Je les accueille, je dois leur apprendre à s'intégrer dans une société qui ne les accueille pas, où rien n'est fait pour eux, où on est finalement payé à maintenir l'illusion qu'une personne trisomique est égale à une personne qui ne l'est pas.
Pas simple ...

Je suis parfois, souvent même, découragée face aux demandes institutionnelles et d'état qui nous sont imposées. Par exemple, une personne handicapée a les mêmes droits que vous et moi dans les textes. Sauf qu'étant sous tutelle tout acte médical par exemple est soumis à la famille. C'est comme ça que Pauline, s'est retrouvée enceinte. Pauline est déficiente intellectuelle moyenne. Pauline, si elle n'avait pas eu ce handicap aurait eu le choix d'avorter ou non, de ne pas en parler à sa mère, de vivre sa vie comme elle l'entend. Mais Pauline a une mère qui pense que sa fille, sous prétexte qu'elle est handicapée, n'a pas de désirs amoureux ou sexuels ... Donc Madame a décidé d'un avortement pour sa fille, sans lui en parler. Puis lui a fait ligaturer les trompes. Sans lui en parler non plus.
Notre rôle aujourd'hui est de parler de tout ça avec Pauline, Dgibrille ou Ludivine ... Avec leur Parents pour que les choses se fassent un maximum avec l'accord du jeune et pour préserver leurs choix d'adulte et de vie ... Je dois apprendre aux jeunes à prendre des décisions, à faire des choix et à les faire entendre à leurs familles.

Ce qui n'est pas toujours simple ... et on n'y arrive pas toujours ...

Bien évidemment, nous avons de moins en moins de moyens. Pourquoi leur donner des sous? Ces gens ne votent pas et ne rapportent pas de sous à la société ... Ils coûtent cher ! Une amie me l'a dit un jour "Le social ça coûte cher!" ... Et oui ... Et c'est terrible parce qu'en plus eux on ne peux pas les traiter d'assistés! Ils n'ont pas le choix!

Donc je lutte encore et toujours pour trouver des sous pour obtenir des formations autour de la sexualité des personnes handicapées, pour leur construire une bibliothèque ("mais à quoi ça sert ils ne lisent pas?" dixit ma direction), pour avoir internet ("et qui va en profiter en vrai ?" dixit ma direction), pour aller au Portugal parce que j'ai fait tout un travail autour de l'Europe pour qu'ils comprennent ce que sont les différences de culture, pour monter une pièce de théâtre pour montrer au monde qui les entoure que, oui ils sont capables de faire "comme tout le monde". Mais je ne rencontre que des murs. A la place on me propose de faire du sport avec d'autres handicapés, ou bien de leur apprendre à lire (comme à l'école, comme des enfants)...

Voilà. Je suis un peu dépitée par mon travail aujourd'hui et j'essaie de changer de branche mais mon désir de changer le monde est encore vivace et j'ai du mal à les abandonner mes adultes handicapés ... Il n'est pas toujours simple d'avoir des convictions !!!
 
Nous sommes de tout cœur avec toi. Une petite chanson pour te motiver ?


Commentaires

  1. Réponses
    1. Merci

      C'est surtout un grand bravo à elle !

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  2. J'essaie de préparer kekchose demain, bises, les filles !!!

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    1. Ce serait super sympa pour elle ;)

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    2. ça me touche beaucoup!!! Merci!!! Je pense surtout à Aurelien, Marie, Anne, Sophie et tous les autres pour qui il faut continuer à se battre malgré ceux qui pensent qu'on a trop de vacances, trop peu de temps de travail, trop d'avantage... Mais je suis contente que vous relayer le message. Plus on sera nombreux à entendre ce discours, plus on restera mo-ti-vés!

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    3. De rien ma chère !

      J'espère qu'il y aura du monde pour relayer !

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    4. En tout cas beaucoup de monde à la manif.... ça a fait du bien de voir ça même si sur 500 salariès de ma boite, nous étions ... 6! Dont 3 de ma résidence... mais "il faut rester motivé!"

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    5. C'est génial s'il y avait beaucoup de monde à la manif !

      Pour la mobilisation dans ta boite, ne t'en fais pas : malheureusement, c'est très difficile de mobiliser les gens même quand ils sont concernés.

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