Cette île où l'on tue

J'aime l'île où je vis. J'ai choisi d'y vivre et j'ai même dû me battre pour pouvoir venir y vivre. Cela va bientôt faire trois ans que nous sommes installés ici et je me plais, je ne regrette rien.

Mais il y a des choses auxquelles je n'arrive pas à m'habituer, voire même qui me dépassent.

Nous sommes moins de 300 000 à vivre ici à l'année. 300 000 habitants, ce n'est pas énorme. Alors quand on sait qu'il y a au moins une ou deux "mort violente" (jolie expression pour parler d'assassinats) par mois, on ne s'étonne guère de savoir que l'île détient un bien triste record européen, devant la Sicile, et je viens de voir qu'on dépasserait même le Mexique (information qui reste à vérifier mais je n'en ai pas le courage). 

J'avoue, je n'ai pas compté combien il y en avait eu depuis le début de l'année. Il faut dire qu'on s'y perd, entre les assassinats et les tentatives ratées qui, au bout d'un moment, finissent par réussir. Pour écrire mon article et l'étayer, je viens de tenter une recherche Internet : on a une moyenne de 20 homicides par an (sur 300 000 habitants, je le répète) (Source : Le Point). Les chiffres donnent le tournis. Je ne sais pas à combien on en est pour 2012 mais ça ne ralentit pas, bien au contraire, les années précédentes on assistait à une "trêve estivale" (pendant les 4/5 mois de saison touristique, il n'y avait pas de mort), pas cette année.

Dans l'histoire, je ne sais pas ce qui me choque le plus.

Vivre normalement, comme on vit sur le Continent, au milieu de tout ça ? Ne quasiment plus faire attention aux gros titres du journal local en parlant et "blaguer" là-dessus.
Que cela se passe dans des lieux publics, en pleine journée ?
Que cette année, la "trêve estivale" ne soit pas respectée ?

Oui, vous avez bien lu : cela se passe désormais en pleine journée, dans des endroits fréquentés. Avant de venir ici, je croyais naïvement qu'ils le faisaient proprement entre eux et qu'il n'y avait pas de dommages collatéraux, c'était ce qu'il y avait de bien avec les insulaires. Ouais, l'absence de dommages collatéraux est plus due à la chance qu'à autre chose comme le prouvent les meurtres d'Antoine Nivaggioni, à 8h30 devant un collège, ou celui de Marie-Jeanne Bozzi, tuée sur le parking d'un centre commercial en pleine journée ou, plus récemment, celui de Maurice Costa, à travers la vitre d'une boucherie où il n'était pas le seul client, en pleine saison estivale.

Mais les "dommages collatéraux" commencent à apparaître : le bébé de Florian Costa a été retrouvé tâché du sang de son père, la femme et la fille d'Yves Manunta avaient été blessées cet automne.

Être là et compter les morts, dire que de toutes façons, ces gens-là meurent de ce qu'ils ont vécu, y penser 5 minutes et retourner à ses activités. Est-ce que les touristes voient tout ça ? Cette année, on parle de l'Île partout : dans des émissions, dans les magazines, sur les blogs. Je vais être trash mais dans tout ça on ne voit rien : les plages, le soleil, la chaleur, la mer, le maquis, les chants ne font pas cette île, ce ne sont que des clichés. Est-ce que les touristes voient CA quand il viennent ? Si oui, ils pourraient en parler.

Je crois que c'est la première fois que je parle de tout ça sur mon blog, je n'en parle déjà pas avec ma famille et mes amis, alors sur un blog ... Pourquoi ? La honte, le manque d'envie d'entrer dans les clichés sur l'Île et ses habitants, le dégoût. Je ne sais pas.

Faut-il parler des mauvais côtés ? Quitte à donner raison aux images d’Épinal ? Quitte à dégoûter les gens de venir ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre.

Ne pas regarder derrière, on risque d'avoir des surprises.

PS : Excusez-moi pour ce billet décousu mais je livre mes sentiments.

Commentaires

  1. Je ne sais pas trop quoi répondre. Je ne pense pas que les touristes voient ça puisque, comme tu le dis, lorsqu'on y habite déjà on ne le voit pas toujours...
    Je suis également plutôt contre les clichés et en général les gens n'en manquent pas lorsqu'il parle de la Corse. Même si certains n'y ont des fois jamais mis les pieds.

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    1. Je me disais que peut être on ne voyait pas parce qu'on y est trop habitués ... Mais c'est vrai que les vacances, c'est aussi l'occasion de ne plus lire les journaux ou regarder les infos.

      Je crois qu'il y a beaucoup de clichés sur toutes les régions de France. Mais la Corse a son lot plus ou moins gratiné et plus ou moins justifié !

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  2. En tant que touriste je l'ai vu la dernière fois que je suis venue.Un attentat a été perpétré sur un parking de supérette près de la ville où je passais mes vacances.
    J'ai également vu une maison qui avait été dynamitée.
    Ça m'a fait froid dans le dos et je t'avoue ne pas être revenue depuis...

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  3. tu sais on en parle sur le continent mais le problème c'est presque devenu une habitude que les mecs s'assassinent entre eux ... dans ma rue (celle de la boutique) il y a un jeune de 22 ans, un corse atterri ici devant fuir l'île à tout prix ... on ne sait pas ce qu'il a fait, il est sympa, on se marre bien, il est serviable mais ne peut pas rentrer chez lui car déjà il a trop baigné dans tout ça ... bref ça nous semble en fin de compte trop surréaliste, digne des meilleurs scénars d'histoires de mafia qu'on n'y croit pas en fait ! c'est tellement abstrait même si la finalité est dramatique et que les cadavres eux sont bien réels.

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    1. Les meilleurs ou les pires de scenarii de films sur la Mafia ? Ça dézingue tellement à tout va ... Mais je te rejoins sur le fait que ça paraît surréaliste.

      Je crois que tu as raison : le problème c'est que c'est une habitude. On ne devrait pas y être habitués.

      Ce que tu racontes sur ton voisin ne m'étonne pas : la grande majorité de ceux que je connais sont très gentils et serviables. C'est dommage pour lui. Être exilé comme ça à 22 ans. Mais c'est aussi peut être sa chance de sortir de tout ça.

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