Mettre des mots

6 h 40, ce matin, je m'apprête à partir mais les enfants dorment encore. Je monte, entre dans la première chambre, dépose un bisou sur la joue en caressant la tête et disant un mot doux, elle ne réagit pas. Je passe à la deuxième chambre, me penche au dessus du lit à barreaux et de la même façon, dépose un bisou sur la petite joue rebondie, il ouvre les yeux, constate et se rendort, en esquissant un sourire (c'est cool la vie !).

Cela fait aujourd'hui 3 semaines que j'ai repris le travail. L'ambiance à la maison a nettement changé. Les journées sont fatigantes, c'est la course mais l'ambiance à la maison est tellement plus sereine ! Les cris, les colères et les punitions ont même quasiment disparu. Je rigole avec Catboy. J'ai le merveilleux sentiment d'avoir retrouvé Batgirl, ma petite fille adorée et chérie.

Il y a un mois, ce n'était pas la même chose. Coincée à la maison, en plein automne et en pleine montagne insulaire, avec un nourrisson. Tous les ingrédients étaient là pour se taper une bonne déprime. Je m'y suis jetée dedans à corps perdu.

Pourtant, ce bébé, je l'ai voulu, j'ai choisi de l'avoir. Pourtant ce bébé, je l'aimais déjà très fort. Je n'oublierai jamais ce sentiment de bonheur qui m'a envahie quand je l'ai vu ... je ne l'ai vécu que 2 fois avant.

Oui mais voilà, je n'y arrivais pas. Passer mes journées à faire des tours de village, entre 2 tétées et 2 couches, ça ne me passionnait pas mais quand il s'est mis à pleuvoir et que je ne pouvais plus sortir, ça a été encore pire. Quand Batman et Batgirl étaient à la maison, que j'étais coincée dans une tétée et que j'entendais ma puce jouer en bas, elle me manquait terriblement, encore plus que quand elle part un mois chez mes parents.

Pourtant, le bébé était (et est toujours) parfait. Pourtant, j'en avais déjà une et, forcément, je savais faire. Justement, c'est là que le bât blesse : les enfants ont beau faire partie de la même fratrie, ils ne se ressemblent pas. Oui, je savais manipuler un bébé et le passer d'un sein à l'autre mais non, il ne tétait pas de la même manière. Non, je ne me souvenais pas qu'on pouvait rester des heures clouée sur un canapé à donner à manger ou à faire dormir le bébé qui se trouve comme un coq en pâte dans les bras. Ou si, je m'en souvenais mais là, non, je n'avais pas forcément envie de passer 3 mois sur le canapé.

En parler ? A qui ? J'ai évoqué le problème avec Batman, par le biais de réflexions assassines à base de "ma vie est totalement inintéressante, je le sais bien mais tu pourrais faire semblant de t'y intéresser !". J'ai essayé de dire autour de moi que non, ce n'est pas plus simple un deuxième : on m'a regardée comme une extra-terrestre.

Je me suis faite regarder de travers par mes parents parce que je n'avais plus aucune patience avec Batgirl qui, en comparaison avec un bébé de 3 mois, avait trop de caractère, était trop remuante. Et puis, j'ai repensé à ce livre ("Mère épuisée", je crois) qui racontait l'histoire de cette femme qui était devenue maltraitante à force de trop vouloir bien faire.

Et puis. Et puis, un jour, ma mère m'a dit que j'étais épuisée, qu'elle comprenait mon manque de patience à force de fatigue, que c'était normal. Ça n'a été que quelques mots, une toute petite phrase. Une phrase qui m'a fait un bien fou car j'ai eu l'impression qu'elle me disait avoir vécu ça, parce que j'ai senti qu'elle me comprenait.

Aujourd'hui, j'ai repris le travail. J'ai toute la journée pour penser à autre chose, pour m'occuper l'esprit et redevenir la fonctionnaire poussiéreuse et tatillonne sur ses dossiers que je suis.

Ce midi, j'ai lu l'article de Mowgouaille sur la dépression du post-partum, qui m'a amenée à faire une petite recherche sur cette maladie. Un article évoquait qu'il existait une dépression post-natale du deuxième accouchement ; il m'a interpellée. J'ai alors compris que ce n'était pas QUE l'isolement et l'automne mais tout un tas d'autres facteurs qui m'y avaient plongée.

Pourquoi y a t'il tant de dépressions post-partum ? Plus de temps pour se regarder le nombril ? Plus la possibilité que nos mères de le faire car elles venaient d'accéder à la liberté de choisir et disposer de leur corps et n'avaient donc pas le droit de se plaindre ? Trop forte pression de la société ?

Ce soir, Batgirl nous a dit "moi aussi, quand je serai maman ...", ce à quoi je lui ai répondu : "tu seras peut être un jour maman mais sache que tu n'y es pas obligée, si tu n'en as pas envie". Car oui, je compte bien lui faire comprendre qu'avoir un jour un/des enfant(s) n'est en rien une obligation ...


Commentaires

  1. il est super tard et maheureusement je suis nase et je ne vais pas pouvoir disserter longtemps ! Ce dont tu parles je l'ai vécu de A à Z ! dégoûtée pour numéro 2 de ne pas vivre l'épanouissement et la béatitude que j'avais vécu pou rn°1 ! J'avais l'impression d'être passée à côté de la rencontre avec n°2 (rien à voir avec de l'amour) et de ne plus voir n°1, je lui hurlais dessus tt le temps j'étais un horrible tyran ... pour Cerise j'ai commencé à en avoir un peu marre de ma condition de maman au foyer pas épanouie (chacune ses envies moi la maison c'est l'enfer) à 3 mois passés ! L'allaitement foiré avec Romane n'a pas aidé ... le côté négatif que j'ai recommencé à cloper 3 semaines après l'accouchement de Romane tellement j'étais pas bien mais que 3 mois après j'ouvrais Babidji ;) faut que je lise ce truc chez Mowgouaille ! Merc pour ce post qui me fait senitr moins seule même si c'était il y a longtemps maintenant ! je t'embrasse et bon courage pour tout !

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    1. Pour l'allaitement, ça avait coulé de source pour la grande, je ne me suis jamais posé de questions là dessus pendant toute sa durée. Pour le petit, ça a été plus délicat : il pinçait en attrapant le mamelon, il me coinçait des heures dans le canapé, j'ai eu des baisses de production importantes (fatigue, crève). Si je n'avais pas eu peur de déprimer encore plus (parce que ça aurait signifié un échec), il serait aujourd'hui complètement au lait artificiel (il en reçoit un bib par jour parce que je n'ai aucune envie de me casser le c** à essayer de tirer 800 ml par jour) ... Et pour la clope, je ne compte pas le nombre de fois où j'en ai rêvé (et pourtant, ça fait 4 ans que je n'ai rien fumé et je n'ai jamais été une grosse fumeuse), ce qui m'a chaque fois empêchée de replonger, c'est que je suis dans un village où il n'y a pas de bureau tabac !

      Je crois que les blogs nous servent aussi à ça : extérioriser, se sentir moins seules ...

      Bises

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  2. J'ai les mains prises par un gros bébé , courage! Une bise!!!

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    1. Que j'aime lire le terme "gros" pour définir ton bébé ! Comment va t'il ?

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  3. J'ai connu ça pour la naissance de mon numéro deuz'...avec cet état de culpabilisation de ne pas me sentir heureuse. Bébé à maintenant 15 mois, j'ai repris le travail il y a 15 jours, et je crois être enfin en phase avec moi même !! Le bonheur!!

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    1. Ah ma grande copine Culpabilité ! Je ne l'ai pas évoquée mais elle m'attendait au tournant de la moindre crise ...

      Je te souhaite beaucoup de bonheur !

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  4. Mais je plussoie!!!! Beaucoup n'ont pas compris que ce que je soulevais dans mon article c'est que on avait plus de temps pour se questionner et du fait, les dépression se parlait... Ce n'est ni une critique ni un avantage c'est un fait!!!! Ce qu'il te manquait était la vie sociale je pense aussi.... Je te trouve en tout cas bien courageuse!!!

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    1. Courageuse de quoi ? J'ai bien perdu pied, je n'y vois aucun courage là dedans ... Et oui, la vie sociale me manquait énormément !

      Pour le reste, nous sommes, comme souvent d'accord.

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  5. ouah, je tombe sur ton blog via hellocoton ... pas facile à vivre ... Ben bon courage à toi .. alors... J'ai aussi vécu des moments de découragement comme toi ou d'extreme galère quand je suis tombée dans les escaliers avec N°3 qui avait 15 jours, un mari absent et les numéros 1 et 2 apeurées par ma grimace de douleurs : ma cheville venait d'en prendre un sacré coup (6 mois de galère)...N°3 allait bien heureusement (4 enfants quand même) mais j'ai toujours préféré m'occuper de mes loupiots, plutôt que de les laisser trop vite à une nanny ... mais c'est vrai que dans ces cas là, la déprime n'est pas loin et que une maman heureuse au travail est toujours mieux qu'une maman malheureuse à la maison .. bon maintenant N°4 a 6 ans .. donc, c'est loin tout ça ... bonne reprise alors ...

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    1. Les escaliers, c'est ma hantise, d'autant plus qu'ils sont raides à la maison ! Je suis une fois tombée avec ma 1° dans un escalier, je ne me souviens pas comment j'ai fait exactement mais j'ai réussi à tout prendre et elle rien ...

      Après, pour ce qui est de les laisser chez une nounou ou à la crèche, j'ai rajouté des jours de congés payés à la fin de mes congés maternité à chaque fois. Mais 3 mois avec un bébé, c'est bien mon maximum. Et oui, il vaut mieux une maman au travail, bien dans ses pompes, qu'une maman à la maison qui craque !

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  6. C'est tellement vrai, la différence entre 2 enfants, tu redécouvres à chaque fois, même si tu sais déjà changer une couche ou donner le bain! Et on culpabilise de ne pas donner de temps au 1er,... Moi aussi j'en avais marre du congé mater, ne rien faire, ne plus avoir de vie sociale, l'impression d'avoir une vie inintéressante. Ça fait du bien de bosser!

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