15 ans

Il y a aujourd'hui 15 ans, j'apprenais la mort de ma grand-mère M. Ce jour-là, je n'ai plus eu aucune grand-mère. J'avais 17 ans, je venais de quitter la maison et 6 mois plus tôt, mon autre grand-mère (M.L.) était elle aussi décédée. 

En bref, ce 10 octobre 1998 a sonné le glas d'une période de ma vie : mon enfance. Mais ce n'est pas ce dont je veux parler aujourd'hui. En fait, je veux parler des 15 années qui ont suivi, de ce long travail de deuil que j'ai eu à faire ... pour les deux, finalement.

Pour bien situer mon propos, je vais faire un bref topo de ce qu'il s'est passé pendant l'année qui a précédé. On a commencé par apprendre que M.L. avait une tumeur au cerveau, nous l'avons perdue peu à peu : d'abord ses capacités motrices puis sa parole et ses facultés mentales. En décembre, elle n'était plus là, notre grand-mère, juste son corps diminué. Je l'ai pleurée, de son vivant puis elle est morte, j'ai été soulagée et n'est plus beaucoup pensé à elle.
Il faut dire qu'en mars de cette même année, M. a déclaré sa p*** de tumeur au poumon qui devait l'emporter en octobre. Autre cancer, autre agonie : une semaine avant de mourir, elle avait encore toute sa tête. L'adolescente que j'étais s'est accrochée à elle comme à une bouée de sauvetage et n'a pas vu la gravité de la maladie.

Je peux dire que sa mort, je ne l'ai pas acceptée, voire, à un moment, je l'ai niée. Cela a duré 14 ans. 14 années pendant lesquelles j'ai souvent pensé à elle, en pleurant.

Et puis il y a eu cette 15° année. Une année où j'ai dû affronter un fort baby-blues. Une année où j'ai affronté d'autres choses. 
Il y a eu ce jour de noël 2012 où, pour la première fois en 15 ans, j'ai pleuré M.L. J'ai pleuré de ne plus l'avoir à mes côtés parce que la nouvelle compagne de son mari, du haut de ses 80 ans et de son Alzheimer, nous a beaucoup saoulés ce jour-là : M.L. ne rebusait pas, elle ; elle n'aurait pas posé 50 fois les mêmes questions ni répété 100 fois les mêmes choses ... Je me rends compte que je n'avais, finalement, pas fait son deuil !

Et puis, il y a eu cet été 2013 qui a mal commencé, rouvert des plaies avec les histoires de dopage de 1998 qui m'ont replongée dans ce fameux été-là. Été 2013 qui a révélé la vieillesse de la "petite" sœur de M., avec son lot de plaies rouvertes elles aussi (mais je ne m'étendrai pas là dessus). Quand j'ai vu ma tante, je n'ai pu faire autrement que de repenser à M. et de me dire que, finalement, si c'était pour finir aussi diminuée, ce n'était pas un mal qu'elle soit morte ... C'est dur à dire, c'est dur à écrire.

Mais voilà, elles sont mortes il y a 15 ans aujourd'hui. Elles n'ont pas eu la chance de vivre. Mes enfants n’auront jamais la chance de connaître leurs arrières-grands-mères, comme tant d'autres finalement. C'est un fait. Je l'ai regretté, je l'ai pleuré, nié mais c'est une évidence sur laquelle on ne peut revenir. Et, même si elles sont mortes de cette saleté de crabe, elles n'auront pas eu le temps de diminuer et leurs enfants et petits-enfants n'en gardent pas ce souvenir-là ...


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