A mafia fora ?

Il y a un an, suite à un énième assassinat qui eut le malheur d'atteindre une personnalité connue, les médias nationaux et les politiques découvraient la situation sur mon île. On vit alors s'agiter deux ministres qui vinrent à plusieurs reprises nous rendre visite et nous annoncèrent à grands renforts de caméras que la gabegie était désormais finie.

Bref, ils allaient faire revenir l’État de droit en Corse et le milieu allait voir ce qu'il allait voir ... Je n'avais pas attendu l'assassinat de Maitre Sollacaro pour parler de la situation ici (voir mon article Cette île où l'on tue) puis j'avais donné mon point de vue sur l'agitation politico-médiatique de l'automne (Réflexions locales : retour de l’État de droit ?) et à cette occasion, j'avais proposé qu'on en reparle au bout de quelques temps pour voir si la situation changeait.

Je pense qu'aujourd'hui est un bon jour pour faire un petit point objectif ... maintenant, que l'on ne parle plus de la Corse pour sa criminalité.

D'abord, en termes d'homicides, au 27 novembre 2013, nous pouvons comptabiliser 16 homicides (hors "drames conjugaux et conflits de voisinage) et 7 tentatives contre, respectivement 19 et 9 au 27 novembre 2012 (Source : Carte des homicides en Corse). Au début de l'année, le rythme était le même que les années précédentes puis ça s'est progressivement calmé. Il n'y a eu aucun mort depuis le 18 septembre mais on a quand même eu droit à quelques "scènes" pittoresques comme la fois où les gendarmes ont cru à un simple accident de la circulation puis la fusillade début septembre en plein centre ville ajaccien à 19 h ...

Au niveau des moyens supplémentaires mis en place par l'Etat, il n'y a pas grand chose, pour être honnête ... Ainsi, si la cour d'appel de Bastia a installé de nouveaux magistrats début octobre, elle avait connu un départ et ses deux postes supprimés en 2010 et 2011 n'avaient pas été remplacés. Pour les tribunaux de grande instance bastiais et ajaccien, la situation n'est guère plus reluisante puisque les effectifs sont actuellement à l'équilibre (Source : Bastia, séance d'installation de nouveaux magistrats).

Et pour les forces de l'ordre, et bien elles n'ont vu aucun renfort : les non-remplacements lors des départs à la retraite font toujours des ravages et les moyens matériels et financiers manquent toujours cruellement (Source : Manifestation de policiers pour dénoncer les promesses non tenues).

D'une manière générale, je dirais qu'il y a quelques avancées ultra médiatisées (arrestations, démolition de quelques constructions sur le domaine public pour mieux régulariser à postériori la situation, etc.) mais d'une manière générale, la situation n'évolue guère et la corruption est toujours aussi présente. Les délégations de service public sont soit magouillées pour donner le service à la compagnie désirée ou font l'objet de menaces ouvertes.

Il n'est pas évident de faire un bilan complet en tant que simple habitante de l'Île mais mon sentiment est qu'il n'y a que peu d'évolution. Je ne sais si l'accalmie actuelle est due au plan d'action de l'année dernière, à une trêve ou à la fin de la redistribution des cartes ... On n'entend plus les politiques, juste quand il y a une opération médiatique, ils viennent de temps en temps.

Après, ça ne fait qu'un an, c'est peut être un peu court ?


Commentaires

  1. Ma grand-mère disait toujours, reprenant cette phrase qui ne date pas d'hier : "Corsica, non avrai mai bene" :) Que l'on pourrait traduire sans mot à mot et par extension à "Ah la Corse, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi ?". M'est d'avis qu'il faudrait au moins trois jours (et je suis gentille :)) pour décortiquer les tenants et les aboutissants, les jeux et enjeux politiques ou pas politiques, de tout ce qui se passe en Corse depuis des décennies (surtout la dernière). Pas sûre que quelques escadrons supplémentaires envoyés manu militari par Manuel Valls changent la donne d'un problème sur lequel tous les gouvernements se sont cassé les dents malgré quelques descentes spectaculaires à l'occasion... Des arrangements en dessous de table, peut-être plus probable, simple supposition.... En même temps, Marseille par exemple n'est pas super bien lotie en matière d'Etat de droit non plus. C'est peut-être une autre facette d'un même problème en fait, d'ailleurs. Et Mulhouse c'est pas le Pérou non plus à ce qu'il paraît. Je suppute donc que la flambée mafieuse en Corse depuis quelques temps, pour le coup, ne serait pas un symptôme typiquement corse (ça fait quand même un bail que la mafia est installée sur l'île) mais un problème qui se développerait actuellement à un échelon plus national, du moins qui s'intensifie dans tous les lieux stratégiques, autrement appelés "plaques tournantes". Pourquoi, comment, à qui profite le crime, alors là...Mystère.

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    1. J'aime beaucoup la phrase de ta grand-mère !! Elle résume très bien la Corse ...

      Je me doute bien que les escadrons de Valls ne résoudront rien, ça aurait été trop beau et trop simple ;-) De toutes façons, à part des escadrons de journalistes à sa suite, il n'en a pas amené beaucoup d'escadrons ici !!!

      Pour la flambée de violence de ces quelques dernières années, je pencherais pour une redistribution fort logique des cartes, après tout, il n'y a pas de raisons que ce soient toujours les mêmes ! Un peu de changement, ne fait jamais de mal ;-)

      Je ne savais pas pour Mulhouse. Personnellement, je connais bien Grenoble qui n'est pas triste non plus ...

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