Hors normes - Être mère #29

Être mère, c'est aussi devoir faire face aux normes dans lesquelles on nous enferme ...

Si tu me suis depuis un petit moment déjà, tu le sais, j'ai une fâcheuse tendance à dépasser le terme et donner naissance à des gros bébés, sans me fouler outre mesures.

En effet, mes enfants sont respectivement nés 7 et 5 jours après les termes calculés à partir des tables des échographistes mais aussi à 4 et 4,6 kgs.

A priori, rien de bien grave. Bien au contraire et je suis sure que bien des mères m'envient ... (surtout le bébé de 4,6 kgs avec le périmètre crânien au-dessus des courbes !)

Ce n'est pas grave, c'est juste pénible, au bout du compte. Et je ne parle pas de la naissance en elle-même, non, je parle de ce qui va autour.

Tout d'abord, le dépassement du terme est pénible parce qu'on se traîne en mode baleine quelques jours de plus, parce qu'on nous appelle toutes les 5 minutes pour savoir si on a accouché (ah ben non, je suis toujours à la maison, en pleine forme ...). Mais aussi et surtout parce qu'on se paye des visites à l'hôpital tous les 2 jours pour vérifier que tout va bien et on risque le déclenchement, à J+5, selon les protocoles des maternités.
Pourquoi ? Parce qu'il y a un risque potentiel pour le bébé mais aussi parce qu'on ne prend pas en compte la diversité des grossesses : certaines peuvent physiologiquement dépasser les 42 semaines, sans problème pour l'enfant (cf http://www.ansfl.org/media/old_website/medias/doc/090423-termedepasse.pdf). Certes, je conçois parfaitement le fait de vérifier qu'il n'y a pas de souffrance mais quand, comme dans mon cas, il n'y en a aucune, je ne vois vraiment pas l'intérêt ... ni pour la mère, ni pour l'enfant.

Ensuite, c'est bien gentil de calculer le terme à partir de courbes, mais quand on sort des normes, justement, on pourrait peut être écouter la femme qui se connait ... Là aussi, à deux reprises, mon expérience fut édifiante. Parce qu'avec les dates que j'avais calculées, il n'y a pas les mêmes dépassements ! Pour ma fille, j'étais réglée comme une horloge sur un cycle long de 35 jours. A partir de cela, j'avais déterminé une date de naissance au 5 juin ; l'échographiste l'a mise au 31 mai ; J'ai été hospitalisée pour un déclenchement le 6 juin et elle est née le 7 sans déclenchement ni signe de postmaturité, aucun.
Pour mon fils, j'avais calculé le 28 septembre, on m'a dit qu'il était trop grand pour ce terme là mais qu'il avait dû être conçu 8 jours plus tôt. J'ai eu beau rétorquer que je faisais de grands enfants, on ne m'a pas écoutée. Finalement, j'ai été hospitalisée pour un déclenchement le 24 septembre et il est né sans le déclenchement ni aucun signe de post-maturité le 25, à 4,6 kg ... Bien au-dessus des courbes !

Quand je vois tout ça, j'ai un goût très amer en bouche. Un sentiment d'échec. Échec de n'avoir pas réussi à me faire écouter mais aussi et surtout échec dans mes accouchements. Parce qu'au final, je n'aurai pas connu les premières contractions à la maison, le "On y va ? On n'y va pas ?".

Ca peut paraître bête, puéril mais je le vis comme ça. Comme un échec et une incapacité à l'accouchement (même si ceux-ci se sont bien passés).

Pour finir, je voulais aborder un dernier point, non connu : le problème du bébé hors gabarit. Parce qu'on connait tous les conséquences du "petit" bébé mais pas celles du "gros" bébé, de la Gambas, comme je surnomme Catboy. Naïvement, je pensais qu'à part pour la sortie, la gambas ne posait pas de soucis. J'ai découvert le contraire. Il a failli atterrir en néonatalogie, comme les crevettes. Il aurait été chouette là bas.
Revenons en arrière, le jour de sa naissance, pendant l'auscultation post-natale, pour comprendre. Le pédiatre était là. Il lui a fait une glycémie et a chargé les puéricultrices d'en refaire toutes les 3 h et de vérifier. Elles ont fait leur travail et sont venues toutes les 3h piquer mon bébé fatigué par la naissance qui ne demandait qu'une chose : dormir. On me demandait combien il prenait et de compléter par un biberon de lait que je n'arrivais pas à lui donner parce que le sein lui suffisait. A un moment comme je disais qu'il était fatigué, qu'il dormait bien et que je n'avais eu aucune envie de le réveiller (bien décidée à me reposer moi aussi), je me suis faite engueuler comme quoi j'étais inconsciente et que mon bébé risquait la néonatalogie si son taux de sucre diminuait trop (parce qu'il avait déjà un peu diminué dans la journée) ...
J'ai flippé et ai essayé de m'appliquer.
Ce n'est que quelques temps après que je me suis dit qu'elle avait exagéré. Il faisait cette taille et ce poids parce qu'il avait bien profité dans mon ventre, pas parce que j'avais fait un diabète gestationnel. Un bébé de gabarit normal, on ne lui vérifie pas sa glycémie toutes les 3h, et pourtant, elle diminue peut être elle aussi, dans les mêmes proportions ? Qui sait ?

Je sais que j'ai écrit un pavé. Je ne remets pas en cause le personnel médical qui a fait son travail. Je remets un peu en cause les normes dans lesquelles on nous enferme et qui font paniquer quand on en sort.

Et, surtout, je me soulage d'un poids que j'ai sur le cœur depuis 18 mois ...

C'était ma participation au Être mère de Babidji

Commentaires

  1. Comme je te comprends... Et comme ton expérience réveille de manière douloureuse mes souvenirs... Même cause, même effets, au sentiment près... (mis à part le dépassement de terme...) J'ai eu l'impression de me lire ! Ce "problème" de gros bébé, je l'avais décrit là: http://www.mon-nid.net/gavage-de-bouchon-a-la-maternite-a47503412
    Bises

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  2. Voilà un poignant témoignage sur les dégâts que peuvent faire les "bonnes intentions médicales"... Si seulement le personnel médical qui t'a suivi à l'époque (entre autre) pouvait lire ce billet, peut-être feraient-ils davantage confiance aux mamans qui ont des certitudes ! J'espère que ces mots t'ont permis de mettre ces maux derrière toi. Bises

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  3. @ Marie : Le problème, c'est qu'on est totalement désarmées pour faire face aux effets ... Surtout à ce moment-là !

    @ Aloès : Ce serait bien, en effet. Ce que j'ai le plus de mal à encaisser, au final, c'est l'échographiste qui m'a prise pour une conne lors de la 2° grossesse au moment de revoir le terme ... Lui, je lui ai la haine pour un moment en fait parce que les faits ont montré que je ne m'étais pas plantée !

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  4. Ton post est d'une super intéressant et de deux super émouvant car on a ttes des trucs qui nous sont restés dans la gorge même si en fin de compte les accouchements se sont bien passés et que les bébés étaient en bonne santé ! C'est fou qd même de ne pas réussir à vivre un truc "parfait" quand au final tt va bien ! Tu as bien fait d'en parler ... pr toi et pr ttes celles qui ont vécu des histoires similaires ! merci pour ton post et à la semaine prochaine pour le 100ème ;)

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