Parle-moi féminisme #5 - Mowgouaille sur le grill

Pour cette cinquième interview, je reçois une copine, ma plus ancienne rencontre bloguesque et, je crois bien, ma première lectrice. Une personne adorable, pleine de rêves, une fille qui a envie de changer ce monde, qui met son petit grain de sel un peu partout en espérant enrayer la machine.

Je dirais que c'est presque une sœur de blog, quelqu'un qui ne veut pas être enfermée dans une case spécifique, qui veut conserver sa liberté de parole.

En bref, aujourd'hui, c'est Mowgouaille, du blog La Nouvelle Eloïse qui vient nous faire part de sa vision du féminisme.


1/ Bonjour Mowgouaille, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Magali, Mowgouaille sur la blogo. J'ai 35 ans.
Je viens de reprendre mes études pour être professeur des écoles après une petite carrière en tant qu'éducatrice spécialisée.
Je vis en couple en Seine et Marne, j'ai une petite fille qui va fêter ses 5 ans dans quelques semaines. Je me décrirais comme quelqu'un d'engagé, de courageux mais qui ne campe pas sur ses positions. Mais ça, je le dois sans doute à un long engagement familial...

2/ Grâce à ces interviews, j'ai envie de connaître le sentiment des gens sur le féminisme, alors, pourrais-tu me dire ce qu'est, pour toi, le féminisme ?

Souvent on me demande si je suis féministe. Je réponds "oui" d'office. Aujourd'hui, le féminisme souffre d'une image Has-been et négative, sans doute provoquée aussi pas les féministes extrêmes qui ont monopolisé les médias depuis des années.
Moi, je ne me reconnais pas dans ces féministes qui se déshabillent dans les églises et refusent d'avoir des enfants pour ne pas être annihilées à la maison. Je crois qu'on est une génération qui doit réinventer le féminisme, le moduler, le transformer. Aujourd'hui, nos mecs font pas mal de choses à la maison, nous aident et ne discutent même pas le fait qu'on veuille travailler.
Aujourd'hui, je me sens garante de cette liberté. Mon féminisme à moi est là.
Car, quand je discute avec mes copines qui disent "ne pas être féministes", parce qu'elles affirment qu'elles se sentent égales à leur mec, et qu'en France, bien sûr il y a et il y aura toujours des inégalités mais que mai 68 est passé par là, je réponds "Oui, bien sur".
Mais quand j'entends ZEMMOUR, quand je vois les pubs sexistes qui insidieusement font comprendre que la place de la femme c'est d'être soumise et d'être à la maison, quand je vois les manipulations de la société à nous faire culpabiliser en tant que mères qui ne donnent pas le sein, qui doivent mettre des couches lavables ou rester à la maison, quand je vois les levées de boucliers contre le congé parental partagé, et que les femmes ne pensent pas "maintenant, on va se battre pour que nos mecs aient le droit d'être à la maison, comme nous" mais "on nous enlève nos droits …" Bah je me dis qu'il fait bon d'être féministe qu'il serait peut-être bon qu'on lève surtout nos boucliers pour qu'on arrête de penser que l'égalité est acquise!

3/ Soyons un peu nombrilistes, penses-tu qu'en France, au 21° siècle, on ait encore besoin de féministes ? Pourquoi ?

Pour toutes les raisons que je viens de citer, oui. Parce qu'aujourd'hui, en temps de crise, c'est le temps des grandes manipulations !
Quand je lis dans un hebdomadaire que Najat Vallaud-Belkacem est une mauvaise mère parce qu'elle ne va pas chercher ses enfants à l'école, alors que Benoit Hamon a dit dans les maternelles, qu'il ne voyait pas beaucoup ses filles, et que là personne ne réagit ... ça veut quand même dire qu'on n'est pas dans une égalité de représentation, de distribution des rôles !
Augusto Bal disait qu'on avait, en France, un flic dans la tête. C'est à dire, qu'au lieu d'avoir un flic dans les rues qui nous empêcherait de faire ça ou de penser ça, on nous met un flic tout petit dans la tête, on nous apprend par l'école, la télé, les médias, les pubs, qu'il faut faire ça ou ça ... Et bien depuis toute petite, on nous a appris à être de gentilles petites filles dont le rôle était de jouer à la poupée et de faire la popote à la maison ... A nous de défaire tout ça.
Mais quand j'entends ma fille revenir de l'école et dire "Les garçons ils courent plus vite que les filles, nous on n'est pas faites pour courir...", je me dis qu'on a encore BEAUCOUP de boulot....

4/ Y a t'il un combat féministe qui te touche particulièrement (en bien ou en mal, d'ailleurs, il y en a qu'on peut réprouver) ?

Pas vraiment. Que ce soit pour les petites filles dans le monde qui ne peuvent pas aller à l'école ou pour l'égalité des tâches à la maison, toutes les inégalités sont bonnes à combattre et les égalités à préserver.
Ce que je réprouve, ce n'est pas la lutte mais comment elle est menée.
J'ai toujours un problème avec les FEMEN par exemple. Parce que s'attaquer à un lieu de culte, ça ne fera pas bouger les choses. En tant que catholique, je suis choquée qu'on s'attaque à mon lieu de culte, surtout en ce moment où un pape, est en train de faire bouger les lignes. On peut agir par la parole et les preuves.
Je préfère amener ma goutte d'eau à la rivière plutôt que de la faire sortir de son lit...

5/ Et maintenant que tu as répondu à toutes ces questions : te définis tu toi-même comme féministe ? Pourquoi ?

Oui, je suis féministe mais à ma manière.
Je suis féministe parce que je lutte pour l'égalité HOMME/FEMME, dans tout ce qu'elle représente. D'ailleurs, non je ne lutte pas pour l'égalité, mais pour l'équité! On ne peut pas être égaux parce-qu'on n'a pas les mêmes données naturelles, mais ce n'est pas pour cela qu'on ne peut pas avoir les mêmes droits à l'école, au travail, à la maison.
Mon premier acte féministe, c'est d'apprendre à ma fille qu'elle a les mêmes droits qu'un garçon, et de faire comprendre à mes copines qu'elles doivent l'enseigner à leurs fils ... Et puis réveiller les consciences. Hein! les filles! Ce n'est pas parce-que la lutte est terminée qu'il faut se reposer sur ses lauriers : notre lutte à nous? ÊTRE VIGILANTES!


Encore une fois, je ne peux te dire qu'une chose (et c'est bien peu) : Merci beaucoup Mowgouaille d'avoir accepté cette interview et répondu à mes questions.
La semaine prochaine, je reçois Babidji ...
Et si vous aussi vous voulez participer, il n'y a qu'à me contacter par mail (giulia_laffreuse@yahoo.fr) !

Commentaires

  1. Equité, voilà, c'est ça le mot!
    Pas plus pour la femme ou plus pour l'homme, de la justice(et justesse) pour chacun...
    Et la claque que je me suis prise quand en revenant de l'école, mon fils m'a dit: 'j'ai pas joué à la poupée car c'est pour les filles", "c'est la maîtresse qui t'a dit ça??" "non, les filles"...Et bam! On n'est pas sauvé...

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    1. J'ai moi-même été saisie la 1° année d'école de ma fille quand elle regardait les pubs et qu'elle disait : "ça, c'est pour les filles et ça, pour les garçons" ... Euh ben non, pas forcément ma puce ! Mais effectivement, quand on voit ça, on se dit qu'on a encore énormément de boulot :(

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  2. Très très intéressant.
    Ce que je retiens et qui à mon avis est ESSENTIEL: apprendre à nos filles qu'elles ont les mêmes droits que les garçons, et aussi apprendre à nos fils l'importance de cette équité, que nous construisons chacun et chacune à notre manière, au fil de nos combats communs.

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    1. Oui, leur apprendre qu'ils ont les mêmes droits aux unes comme aux autres

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  3. Je suis tout à fait d'accord avec toi Mowgouaille : il y a des flics dans nos têtes. Personnellement, je pense qu'une grande partie du travail restant est dans l'éducation des filles et des garçons.

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  4. Voilà.... Des filles et des garçons... Mais pourvu qu'on ne s'endorme pas sur nos lauriers!!!!

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  5. J'adore cette itw!!!! Mowgouaille est toujours très juste dans son propos!

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  6. super cet interview, merci les filles !

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  7. Je ne suis pas d'accord sur tout, mais sur l'essentiel!

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    1. On ne peut toujours être d'accord sur tout, ça se saurait sinon ;)

      Et sur quoi n'es tu pas d'accord ?

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  8. tout est dit et bien dit. et en effet, l'équité doit être "enseigner" aux filles mais aussi aux garçons...

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    1. Je pense que c'est indispensable en effet !

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  9. ahhhh Zemmour mais sans déconner pourquoi il existe ??? ;)))
    bon sinon je ne partage pas l'avis pr le congé parental, la plupart des personnes qui sont contre la réforme ce n'est pas parce qu'elles sont contre l'équité mais parce que le problème vient d'ailleurs ! si les femmes étaient payées à l'identique qu'un homme pour poste égal peut-être qu'il y aurait plus d'hommes à la maison ! le problème c'est que comme elles gagnent moins, elles se sacrifient ... donc obliger les foyers à partager ce congé c'est tout simplement une utopie car celui qui gagne le plus dans la famille ne s'arrêtera pas de travailler ! Et si en plus il n'y a pas de structures d'accueil créées pour recevoir tous ces gamins qui étaient gardés par leur maman, les mères vont se sacrifier une fois de plus en ne travaillant plus du tt ... et donc les précariser encore plus ! Donc l'idée au départ de l'équité du congé parental est bonne mais le premier combat c'est l'égalité des salaires pour le rendre viable ... et puis ne nous leurrons pas au délà de l'aspect soit-disant féministe c'est surtout un choix économique du gouvernement ... (sauf qu'il va falloir mettre la main à la poche pour créer des crèches !!!)

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    1. Pour le congé parental, tu vois, je suis partagée.

      D'un côté, j'ai clairement lu des articles où les femmes râlaient contre cette réforme parce qu'on leur enlevait un droit et qu'elles estimaient que c'était le rôle de la mère, et pas du père.

      Pour ce qui est de la question salariale, je comprends le point de vue qui consiste à dire que c'est la personne qui gagne le moins qui se sacrifie mais d'un autre côté, ce point de vue là me gène justement. C'est, je pense, un peu le serpent qui se mord la queue : la femme va prendre le congé parental et les jours enfants malade parce qu'elle gagne moins et on va continuer à la maintenir en bas parce que c'est elle qui prend tout ça ...
      C'est clair que le combat sur les salaires et l'évolution des carrières est primordial mais l'arsenal législatif est là, il faut l'appliquer.

      Après, je te rejoins sur le fait que le féminisme est un excellent alibi pour camoufler un choix économique de bas étage ... Surtout quand on sait qu'ils veulent aussi moins aider les familles qui emploient des assistantes maternelles !

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