Lui

Lors de notre première rencontre, il n'avait pas 26 ans. Il était jeune, inexpérimenté, un caractère bien trempé, j'étais sa première. Quatre mois plus tard, il partait, loin, très loin, longtemps, très longtemps, trop longtemps.

Au bout d'un an, il est revenu. Il a repris sa place, tout naturellement. Et, tout naturellement, ça a très vite clashé... Les années ont passé, les relations n'étaient pas vraiment au beau fixe. Et puis un jour, j'ai appris à l'école que les filles préféraient leur père à leur mère. Je ne ressentais pas ça du tout.

Les années ont passé. Il était plus présent. Il ne partait plus et dès qu'il a pu, il a quitté l'armée. Il est resté à la maison, au grand dam de sa mère... Mais il est resté avec nous. Je rentrais dans l'adolescence et les conflits. Plus dirigés à son encontre (et son autorité) qu'à celle de ma mère.

Au fil du temps, les conflits ont cessé mais l'incompréhension restait. Je n'ai pas souvenir de mots d'amour, de geste vraiment tendre. 

Et pourtant.

Et pourtant, il n'a pas hésité il y a de cela bientôt 6 ans à prendre la voiture et parcourir 700 kms avec ma mère pour venir passer un week-end avec moi alors que je n'allais pas bien et que la tête de mule que je suis refusais de faire ce trajet dans l'autre sens...

Et pourtant, il ne manque pas de donner un coup de main, toujours là pour nous, et moi entre autres.

Et pourtant, il ne manque pas chaque fois que je vais les voir de m'acheter mon péché mignon, des tommes de chèvre de Banon.

Il n'y a pas et il n'y aura jamais de mots d'amour entre nous, ce n'est pas dans notre éducation. Il n'y a pas et il n'y aura jamais de gestes tendres entre nous deux, ce n'est pas dans notre éducation.

Il m'aura fallu attendre près de 34 ans pour le comprendre. Il m'aura fallu 3 tommes glissées dans la valise de ma fille pour le comprendre... Les enfants sont parfois ingrats...


Commentaires

  1. Moi aussi j'ai droit à un sac de noix dans ma valise à chaque escale. Ton texte est touchant, mon papa n'était pas dans l'armée, mais ça a l'air d'être les mêmes numéros bourrus... devenir parent qu'est-ce que ça fait réfléchir à son propre rapport à ses parents, hein ?!

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    1. Je ne pense pas que ce soit du au fait qu'il ait été militaire. Je pense que c'est plus son éducation, sa génération. Il fait partie de ces premiers pères qui se sont impliqués à la maison et dans l'éducation des enfants et ça n'a pas dû être évident.

      Et oui, devenir parent, ça fait réfléchir à nos rapports avec les nôtres ... On se rend compte de beaucoup de choses !!!

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  2. Ah les pères! Le mien a été très présent quand j'étais petite fille. Et puis le travail a pris le pas sur le reste. On le voyait moins. A l'adolescence, on s'est un peu perdus de vue je crois.
    Je sais que mon père m'aime mais on ne se confie jamais l'un à l'autre, on parle du temps, du quotidien, on ne rentre jamais dans des débats de fond. On a peu de choses à se dire, mais c'est la vie...
    L'amour qui nous unit est quant à lui éternel.

    ps - moi aussi je rentrais toujours avec de la bonne nouriture française, à chaque escale...

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    1. Quand il était là, il était présent, il ne faut pas le nier et pour un militaire, il est peu parti, je dois rendre à César ce qui lui appartient. Mais, pour faire de la psychanalyse de comptoir, je dirais que CETTE année d'absence, au tout début de ma vie, liée à nos deux caractères assez trempés, n'a pas aidé dans nos relations ...

      Je crois que oui, même s'ils ne nous le disent pas, on le sait qu'ils nous aiment et c'est bien là l'essentiel !!!

      PS : Je crois que quand on est expatrié, on remplit les valises à chaque escale !!!

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  3. Il n'y a pas eu de gestes tendres, mais des actes d'amour oui. Maintenant tu les voies, et c'est bien là l'essentiel. :)

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