Parle-moi féminisme#8 - Karine sur le grill

Pour cette huitième interview, je vais recevoir quelqu'un d'un peu spécial.

Je dirais que c'est la personne qui m'a donné l'envie de donner l'envie d'accentuer la ligne féministe du blog il y a quelques temps de cela. Une lectrice de l'ombre, tout comme moi, dans l'ombre, je suis sa page depuis un long moment déjà.

Donc, ce soir, je reçois Karine, l'une des Vengeuses Masquées (le blog est ici et la page facebook, très active, ).

1/ Bonjour Karine, peux tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle donc Karine, je viens d’avoir 34 ans, je suis actuellement en congé parental.
J’ai 2 enfants de 6 et 2 ans, un conjoint qui a 10 ans de plus que moi et 2 grands beaux enfants. Je suis monitrice-éducatrice de métier. Je vis vers Lyon, dans un petit village cher à mon cœur.
J’ai grandi avec une maman solo, et souvent gardée par une grand-mère très féministe. Donc je baigne « là-dedans » depuis toujours si je puis dire. Dans une famille où les femmes ne se sont jamais tues, ou senties inférieures.

2/ Grâce à ces interviews, j'ai envie de connaître le sentiment des gens sur le féminisme, alors, pourrais-tu me dire ce qu'est, pour toi, le féminisme ?

Pour moi le féminisme, c’est tout simplement le fait de revendiquer, à n’importe quel niveau, le fait qu’une femme est l’égale de l’homme, et qu’en tant qu’être humain, notre sexe ne devrait pas nous porter préjudice.
Sur cela j’aime beaucoup la définition de Rebecca West : "Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson. " Je crois qu’on peut difficilement faire mieux …

3/ Soyons un peu nombrilistes, penses-tu qu'en France, au 21° siècle, on ait encore besoin de féministes ? Pourquoi ?

Oh oui, bien sûr, malheureusement ! Le féminisme est un combat mondial, tous les pays ont, à leur niveau, des améliorations à faire quant à la condition de la vie des femmes.
Pour lutter contre les violences, les viols, le harcèlement de rue, les inégalités salariales, l’émergence des masculinistes…

4/ Y a t'il un combat féministe qui te touche particulièrement (en bien ou en mal, d'ailleurs, il y en a qu'on peut réprouver) ?

A vrai dire il y en a beaucoup …
Mais je crois que celui de l’accès à l’IVG me touche beaucoup, car j’ai dû passer par là il y a de cela quelques années, je l’ai vécu dans de bonnes conditions sanitaires, ce qui n’a pas mis ma vie en danger, et m’a permis d’être mère par la suite. Toutes les femmes devraient pouvoir avoir cette possibilité …
En revanche, je dois dire que certaines « actions » féministes me laissent perplexe. Notamment il y a quelques temps sur le droit de ne pas se raser, d’assumer ses poils … Bon, je ne vois pas vraiment l’urgence de la chose en fait … Je trouve que c’est beaucoup d’énergie pour pas grand-chose, et que ce genre d’actions ne font que cacher les plus grosses causes à combattre.
« On » me reproche souvent de faire une hiérarchie des enjeux féministes, et effectivement, je vois certaines causes comme la base d’une pyramide des combats des droits des femmes. Je pleurerai et me battrai davantage contre l’excision des fillettes que pour revendiquer le droit de ne pas épiler mes aisselles.

5/ Et maintenant que tu as répondu à toutes ces questions : te définis-tu toi-même comme féministe ? Pourquoi ?

Et bien oui, je pense, car comme dirait donc ma chère Rebecca, je ne me comporte pas comme un paillasson ! Ni face aux hommes, ni face aux femmes, ni même devant les différentes hiérarchies.
Je fais la plupart du temps, des choix qui me sont propres, et la maturité faisant que c’est de plus en plus facile pour moi de les faire en toute connaissance de cause, et sans influence aucune.
Comme je le disais plus haut, j’ai grandi dans une famille plutôt matriarcale, et je me sens forte de cette enfance, de cette transmission.
Quand je sors de chez ma grand-mère, je suis remontée comme une pendule, je me sens encore plus combative, pour dénoncer, à mon niveau, dans mon quotidien, sur le net via notre page "Les Vengeuses Masquées" (la page avec "Catwoman" et "Wonderwoman" en avatar). Et j’espère en reprenant un travail, pouvoir continuer à ruer dans les brancards des mentalités patriarcales encore un peu plus à l’extérieur.

Merci beaucoup Karine d'avoir répondu à toutes ces questions !!! Ça me fait extrêmement plaisir et j'aime beaucoup la définition de Rebecca West ... Et je ne savais pas que certain(e)s militaient pour le droit de ne pas s'épiler !!! Y a t'il vraiment besoin de militer pour ça ? Elles font bien ce qu'elles veulent de leurs poils !!!

La semaine prochaine, je reçois Dee Dee.

Et puis, si vous aussi vous avez envie de participer, de nous donner votre point de vue sur le féminisme, n'hésitez surtout pas à me contacter par mail, ce sera avec plaisir ...
giulia_laffreuse@yahoo.fr

Commentaires

  1. Le droit de ne pas s'épiler peut paraître anecdotique, je viens d'ailleurs d'apprendre son existence, mais il relève d'un combat quotidien contre la sexualisation permanente du corps de la femme. Je ne suis pas sûr que suivre ses propres désirs en matière d'épilation, surtout intime, soit si répandu. Bien sûr il existe des combats hautement vitaux mais si une femme parvient à imposer sa propre volonté à une petite échelle c'est un pas de plus dans l'affirmation de notre droit à gérer notre image selon nos propres goûts et non des fantasmes créés par d'autres.

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    1. Ce droit, que je viens également de découvrir, est comme un certain nombre de combats féministes qui semblent anecdotiques au regard d'autres urgences, vitales pour les femmes.
      Je suis d'accord avec toi : c'est un pas vers l'affirmation de soi, de ses goûts et ses envies vis-à-vis de la pression sociétale. Mais, malheureusement, à l'instar du "mademoiselle", de la féminisation de certains mots, des abus de langage ("se faire violer" au lieu "d'être violée", par exemple), ces combats qui participent de l'évolution de la place de la femme dans la société, "discréditent" aux yeux d'un grand nombre de personnes le féminisme ...

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  2. J'adore. Tes entretiens nous aident aussi à réfléchir sur des sujets que nous pensons acquis, mais qui ne le sont pas toujours, à des choix simples qui sont encore difficiles, voir impossibles pour certaines femmes, proches de chez nous et dans le reste du monde.

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    1. Oui, J'aime beaucoup ces entretiens ... Car on n'a pas toutes la même sensibilité, on ne voit pas toutes les mêmes choses.

      Je suis très contente de cette expérience car elle permet d'élargir nos horizons ;)

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  3. Le droit de ne pas s'épiler est essentiel.... surtout le droit de ne pas s'épiler sans que ça gêne et que les remarques et les regards de travers fusent! ;)

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    1. Oui, c'est sûr ... Et comme pour tout, il faut arriver à passer au-dessus des regards et remarques.

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  4. C'est super d'ouvrir la parole car ça donne un éclairage sur pleins de points de vue différents sans se prendre pour des grand (e) s pontes ! Et merci karine la citation est parfaite !

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    1. Oui, j'aime beaucoup ces entretiens : les points de vue varient selon les sensibilités et on retrouve quand même des lignes directrices communes ...

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