La première descente

Dégoûtée par la neige de mauvaise qualité et faible quantité, agacée par les cailloux entre lesquels elle n'arrivait plus à slalomer, déprimée par cette situation qui, non seulement persistait mais en plus s'aggravait d'année en année, elle avait remisé ses skis au placard dans la grange.

Les années avaient passé, elle ne les avait jamais ressortis ni même regardés. Elle n'avait aucun remord, regret ou nostalgie de ce sport. Ils furent donc oubliés corps et âme et prirent bel et bien la poussière jusqu'à ce jour de mars 2015. 

Entre temps, elle avait eu deux enfants. Sa fille approchait des six ans. Et cette année-là, deux phénomènes des plus rares s'étaient conjugués: tout février, il avait neigé en abondance et elle avait pris deux semaines de congés dans ses chères montagnes aux versants pleins de neige. 

Fort logiquement, l'aînée de ses enfants avait été inscrite à l'école de ski, malgré quelques raclements de gorge au vu des tarifs pratiqués jugés prohibitifs. Et ils ne fréquentaient pas une station huppée de Savoie... Elle s'était à ce moment-là rendu compte du luxe d'une semaine au ski et de la chance qu'elle avait que ses parents aient une maison à la montagne.

Toute la semaine avait été rythmée par les cours de ski de la grande le matin et les promenades l'après-midi. Sa fille montrait ses progrès et s'éclatait sur les skis. Les jours avaient également été rythmés par les crises de nerfs, les éclats de voix ; une bonne crise œdipienne autant de sa fille (qui tantôt la rejetait, tantôt était collée-serrée) que de son fils (qui, lui, avait pris l'option Super-Glue crampon "zeveuxmamaman" et n'en démordait pas).

En bref, des vacances comme on les aime avec des enfants. Malgré cela, l'envie montait indéniablement, inexorablement. Malgré une certaine appréhension face à l'inconnu: comportement de la Bête (sa fille qu'elle avait du mal à cerner et qui était tellement imprévisible), sa propre réaction face aux terribles pistes vertes, voire bleues qu'elle risquait de devoir affronter (elle n'avait jamais été une grande courageuse et était devenue avec les années une vraie pétaucharde). 

Malgré tout cela, elle avait les spatules qui la démangeaient. Les fixations qui la suppliaient de les dépoussiérer. 

Alors, en ce jour de mars 2015, elle abandonna lamentablement Œdipe à ses grands-parents ; de toute évidence, ça ne lui ferait pas de mal d'être un peu seul avec eux. Elle prit Œdipette sous le bras et son courage à deux mains. Elle acheta deux forfaits au prix prohibitif de 5,60 euros pièce dans une petite station. Puis elles se dirigèrent toutes deux vers le tire-fesses.

La tension, palpable, lui nouait le ventre. Elle s'apprêtait à affronter la terrible piste verte / une après-midi de ski avec Œdipette.

La montée se passa ainsi, tendue. Puis vint l'heure de la descente. Mais avant cela, elle fit passer les consignes : "Batgirl, tu me suis, tu fais des virages. N'oublie surtout pas de faire des virages !!!".



La première descente se passa sans encombres. La petite avait respecté la consigne et suivi. Elles se rassurèrent toutes deux et prirent de l'assurance. À la deuxième montée, la petite commença à chantonner et à la deuxième descente, elle commença à entendre derrière elle un doux refrain :

"Youpi, à fond la caisse ! Youhou, je vais plein pot !!!"


Elle se retourna, vit MissToutSchuss droit dans la pente ne faisant aucun virage et encore moins de Chasse Neige. Elle rappela la consigne mais MissToutSchuss n'en avait cure. Elle continuait droit dans la pente de la redoutable Piste Verte comme de l'impitoyable Piste Bleue. Elle chantonnait toujours ce si doux et attendrissant refrain.

"Youpi, à fond la caisse ! Youhou, je vais plein pot !!!"

Alors, elle fit passer MissToutSchuss devant elle, lui dit qu'elle la suivrait et lui demanda de faire des virages car elle ne savait pas descendre droit dans la pente. La future championne olympique de Tout Schuss fut extrêmement ravie et elles passèrent ainsi une formidable après-midi. 

C'était leur première descente. Comme tous ces moments extrêmement précieux, elles n'en auront jamais aucune photo, juste un doux souvenir.

Commentaires

  1. Une première descente qui lui a surement donné l'envie d'en tenter d'autres!
    C'est vrai que les plus beaux souvenirs se passent de photos. Ils sont uniques, gravés dans nos coeur et nos mémoires.
    Heureuse de te lire à nouveau. Grosses bises

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    1. En effet, ça donne envie d'en faire plein d'autres... D'autant plus que la pépette accroche bien au ski ;-)

      Ces moments que nous nous attachons à vivre plutôt qu'à photographier nous marquent sans doutes encore plus !

      Et moi, je suis heureuse d'avoir à nouveau écrit :-)

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  2. On dirait la dent de crolles au fond de la photo ? J'ai fait une première descente l'année passée avec ma nièce de 5 ans et je me suis dit que bientôt ce serait au tour de michoco de faire du ski ! Nous avons aussi la chance d'avoir les parents qui habitent "à la neige" ! Bravo pour cette descente, maintenant tu as intérêt à t'y remettre sérieusement pour pouvoir suivre les années suivantes...

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    1. Non, ce n'est pas la dent de crolles mais le grand Ferrand en fond sur la photo mais tu n'es pas tombée très loin ;-)

      Tu verras quand ce sera le tour de michoco, tu vas te régaler ! Mais c'est sûr que déjà avec ta nièce ça devait être sympa... Je voyais mes frères, ils semblaient aussi avoir un peu envie de faire du ski avec leur nièce.

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