Il marche seul

Ce jour-là, ils avaient quitté la maison vers 9h et avaient passé une belle journée partagée entre ferme pédagogique le matin puis première plage de l'année l'après-midi. Elle s'était éclatée à tirer le portrait des mômes un petit moment puis les avait laissés jouer tout leur saoule jusqu'à ce que sa grande manque finir à l'eau... Elle n'avait pas prévu de change et le fond de l'air était frais en ce début avril.

Pour le retour, ils avaient opté pour le chemin des écoliers, la route à 500 g (par poche) (avec plusieurs poches), la route touristique, en balcon au dessus du littoral.

Elle aimait cette route, à travers le maquis. Et en ce jour printanier et ensoleillé, il resplendissait, laissant, de temps à autre, apercevoir la mer et les côtes tourmentées de son île. Ce jour, elle se sentait l'âme d'un terroriste... 

Derrière, la grande, vaincue par sa journée, dormait comme une bienheureuse. Le petit, quant à lui, reposé par sa sieste matinale, chantonnait de sa petite voix de plustoutàfaitbébé. Elle sentait sa petite boule du bonheur lui chatouiller le ventre. 

Quand au détour d'un virage elle l'aperçu et le reconnu instantanément à sa silhouette d'homme sans âge, portant ses sacs et son fardeau. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait mais ne s'attendait pas à le rencontrer sur ce chemin de traverse.

Quand il l'entendit approcher, il se poussa dans le "bas côté" et attendit qu'elle passe. Elle le dépassa. Une fraction de seconde, elle hésita. Elle avait envie de s'arrêter et le prendre en stop. Mais elle continua sa route.

Il ne valait mieux pas : depuis quelques temps, elle connaissait une partie de son histoire et les raisons de son périple. Quelques années auparavant, il avait été impliqué dans un accident de la route, un accident mortel. Combien de temps cela faisait ? Que s'était il passé exactement ? Combien de victimes ? Elle n'en avait aucun détail. Tout ce qu'elle savait, c'est que depuis, il expiait sa faute en parcourant l'île à pied. 

Elle pensa à cet homme. Au fardeau qu'il portait. À cette route qui tuait impitoyablement sur son île. 


Commentaires

  1. C'est un beau récit, triste et douloureux aussi. Je crois que parfois on porte le poids des drames de nos vies, à tout jamais.
    Belle soirée Catwoman.

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    1. Merci. J'ai été très touchée par cette histoire quand on me l'a racontée. C'est poignant.

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  2. Il s'est créé sa propre "prison" en se coupant du monde. Très beau texte <3

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    1. C'est tout à fait ça: il s'est créé sa propre prison !

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