Capitale coloniale

Hier encore, c'était l'été, depuis plus de six mois. Un bel été comme elle les aimait : chaud et sec, sans une goutte d'eau pendant des mois. Aussi, quand elle débarqua, elle fut saisie par le froid et l'humidité.

Se retrouver ainsi projetée en l'espace de deux heures d'avion en plein cœur de l'automne la laissa interloquée. Et puis elle se rappela que pendant le trajet, elle avait survolé Lyon et avait donc franchi le cercle polaire. 

Elle ne s'attarda pas plus longtemps sur de telles considérations et s'engouffra dans les transports en commun : elle avait devant elle deux heures pour rallier la Défense. Pendant le trajet, elle s'occupa comme elle put et finalement s'amusa bien. Passer au-dessus de l'autoroute bloquée par les bouchons lui rappela que la veille, elle avait craqué dans le sien qui ne devait pas faire plus d'un kilomètre ; au bout de deux minutes, elle avait allègrement laissé la voiture pour parcourir les huit cent derniers mètres à pied. Dans le métro, elle observa les gens et se rappela un sketch de chez elle comparant les passagers du métro à des figatelli pendus au plafond. Elle sourit : l'image était juste parfaite.

Elle finit par arriver à destination, elle s'engouffra dans un amphithéâtre pour n'en ressortir que plusieurs heures plus tard.

Ayant plusieurs heures devant elle avant de reprendre l'avion, elle choisit de prendre son temps : faire du shopping et se promener tel fut son programme.

Elle commença donc par s’enivrer de grandes surface jusqu'à ce qu'elle sature. Il y avait une trop grande marge entre son île parfois sous-équipée et la capitale coloniale clairement sur-équipée en la matière. Elle s'engagea donc dans une traversée de Paris.

Elle fit sa touriste et observa. Elle vit le métissage. Elle vit la ville, du macadam et du béton, à perte de vue. Elle continua la promenade et atteignit les Champs-Elysées. Elle observa alors les touristes : ils se promenaient, allaient d'un point A à un point B ou ils s'adonnaient à la photo. Il y avait même des perches à selfies, elle sourit.

Elle vit aussi des pavés mais dessous, il n'y avait pas la plage. Elle commença à chercher des éléments dans le paysage qui puissent changer du béton et du bitume. Mais il n'y en avait point. Point de montagne, point de mer. Juste la ville à perte de vue.

L'air s'emplit alors d'hydrocarbures. Elle n'entendit plus que le bruit assourdissant de la ville : voitures et sirènes, pas de nature. La ville à perte d'odorat et d'ouïe.

Il était temps de rentrer. Elle s'engouffra alors dans la première bouche de métro et rejoignit Orly.

Quand elle ressortit au grand air, ses poumons s'emplirent d'air chaud et marin, de l'odeur des pins parasols. Elle leva les yeux au ciel, il était constellé de milliards d'étoiles. On n'entendait plus que le bruit des vagues et les hululements des chouettes. 

Elle était chez elle, il n'y avait aucun doute.

Commentaires

  1. Ton texte est superbe ! Quel changement ce doit être, en effet, de passer de la Corse à Paris en à peine 2 heures ! Tu as dû d'autant plus apprécier ton retour... Bisous !

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    1. Merci Miss. Oui, c'est un gros changement et soyons honnêtes, au début, c'est enivrant, stimulant et plaisant mais je suis clairement un fille de la montagne ;-)

      Bises et bon week-end

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  2. J'imagine le dépaysement, un peu brutal ma belle. Tu as dû être heureuse de retrouver ton chez toi.
    Dommage qu'on n'ait pas pu se partager un petit café. La prochaine fois, même si c'est dans 3 ans!
    Grosses bises

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    1. C'est clair que le changement n'est pas des moindres. Il fait aussi prendre conscience d'une chose : même si des fois je regrette le sous-équipement local, je suis plus faite pour ici !

      Promis, la prochaine fois, je te préviens à l'avance et on en profite :-)

      Passe un bon week-end.

      Bises

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  3. je te lis et encore un peu je voudrais retourner sur l'ile. ;)

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    1. Héhé. Et oui ... Pour rien au monde je ne quitterais la mienne pour Paris ;)

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  4. Dire que j'ai refusé d'illuminer ton séjour par ma présence cosmique, je m'en veux, mais je m'en veux :D

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    1. Je ne sais pas si je te le pardonnerai un jour !!!

      Je te souhaite quand même un bon week-end :)

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