Jouer avec le vide

Tu te dresses devant moi, ta ligne est parfaite. Épurée, suspendue dans le vide, entre deux pointes. Le glacier te sublime. De chaque côté, les pentes enneigées filent vers le vide et tel un funambule, sur ta ligne de crête, on te franchit pour arriver au sommet.

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L'alpinisme est une symbiose, une danse, avec la haute montagne. Je me souviens avec nostalgie de ces années où je grimpais en haut de leurs sommets. Franchir les obstacles. Vaincre la fatigue et les doutes. Affronter ses peurs. Et, parce-qu'elle  l'a bien voulu, arriver au sommet. Sentir le goût indéfinissable de cette victoire sur soi. Les paysages n'en sont que plus beaux, plus apaisants. On se sent humbles et tout puissants.

Je n'ai jamais été une grande alpiniste. Je me suis toujours limitée aux courses glaciaires faciles. Les pointes de la Pilatte (en photo ci dessus) restent sans conteste l'une des plus belles que j'ai faites même si ce n'était pas gagné. Ce n'était pas gagné parce que j'ai cru que je n'arriverais jamais à franchir le passage rocheux qui m'amenait du refuge au glacier. Pour ceux qui connaissent ou qui ont la curiosité de regarder sur une carte, ce n'est pas le passage le plus difficile ni le plus aérien. Et pourtant, c'est celui qui m'a causé le plus de soucis. Ce n'est pas la montée sur le glacier. Ce n'est pas cette superbe arête suspendue au dessus du vide, c'est bien un foutu passage rocheux de quelques mètres.

J'ai le vertige. Enfin, est-ce bien le vertige ? A proprement parler, non. Regarde au dessus ce que j'ai été capable de faire il y a une dizaine d'années. Regarde où je suis montée le week-end dernier. Je peux te dire qu'il y avait du vide, et pas qu'un peu. Je peux te dire qu'à la descente, il fallait y faire face au vide. Et pourtant je l'ai fait. Même pas peur. Sauf un peu de stress, au sommet. Je n'aime pas voir les enfants près d'un trou de 300 m ...


Mais, par contre, certaines fois, pour une raison inexpliquée, je peux me bloquer. Là où il n'y a aucun danger. Une traversée à flanc de montagne, même pas raide, même si le "vide" (enfin façon de parler) ne fait que quelques mètres et je peux stresser. Aujourd'hui, je commence à identifier ce qui peut potentiellement me poser problème et avertir mes compagnons avant de rester coincée. Car il m'est déjà arrivé de rester bloquée à ne plus pouvoir faire un seul mouvement. 

J'ai conscience que cela peut destabiliser car c'est totalement incohérent vu de l'extérieur ... T'as peur ici ? Mais il n'y a aucun danger ! Ben oui, je sais, mais viens m'aider quand même sinon dans 3 000 ans, on me retrouve ici.

Alors samedi, j'ai pris sur moi et je me suis approchée du trou, du bord de la falaise. J'ai regardé la mer 300 m plus bas, j'ai admiré le panorama. C'était une étrange sensation à mi chemin entre le plaisir et le ventre noué.

Source - C'est trop beau mais compte pas sur moi !

Commentaires

  1. rien que de voir certaines photos me perturbe! ;) Je vois tout à fait de quoi tu parles. Et je confirme, ça déstabilise... et tout le monde ne réagit pas forcément bien sous la déstabilisation.

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    1. Non, les gens ne réagissent pas forcément comme il faut, c'est clair ... Il faut du temps à notre entourage pour comprendre, alors les étrangers.

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