Ma colère de "sans dents"

Ma chère Mère Cane, il y a quelques jours, tu as lancé un magnifique pavé dans la mare, un pavé qui m'a émue, qui m'a remuée. Tu y dénonçais, une fois de plus, une fois encore, le racisme. Ce racisme qui s'élève à un tel point qu'on admet plus qu'il soit dénoncé par une blanche que par une noire. Je résume énormément ton billet parce que mon propos n'est pas là que si celles et ceux qui me lisent veulent en savoir plus, ils n'ont qu'à le lire, il est ICI, il est juste parfait.

Aujourd'hui, j'aimerais moi aussi en lancer un de pavé dans la mare. Ça fait très longtemps que je ne l'ai pas fait mais il me démange depuis quelques jours. J'aimerais te parler de ma souffrance de petite blanche de la France d'en bas, de la France de la province, de la France des campagnes, de la France qu'on oublie et qu'on méprise.

Il y a de cela à peine un mois, dans un incendie criminel, la mairie de mon village a été réduite en cendres. Avec elle, se sont envolées l'agence postale, une petite bibliothèque et l'école. Cet acte inqualifiable a laissé toute une vallée dans un désarroi et une tristesse que l'on ne peut aisément décrire. Plus de 40 enfants sont désormais privés de leur école. Une des deux classes a tout perdu, et je ne parle pas de l'aspect financier, tout son travail depuis la rentrée.

Le fait divers a fait la Une des journaux locaux, pendant quelques jours. Les communes voisines et les écoles de la région se sont mobilisées pour nous et nos enfants. L'acte a été condamné. Il a été condamné par les élus régionaux, par notre député, par le recteur ... par le préfet. Ça n'a pas été plus haut dans la condamnation de l'incendie volontaire d'une mairie et d'une école.

Tu me diras, c'est un fait divers de plus, pourquoi le condamnerait-on ? A vrai dire, je ne sais pas. Peut être parce qu'il s'agit d'emblèmes de notre République ? Peut-être parce qu'il s'agit du centre névralgique d'une commune qui a été réduit à néant ? Peut-être aussi, parce que, la veille, une boucherie et un restaurant "arabes" avaient été mitraillés et que le premier ministre s'était, à juste titre, fendu d'un communiqué. Peut-être, parce que, dans la période que nous vivons, il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures ? Peut-être parce que les petits blancs, après ça, et en comparant le traitement politique, se disent qu'on les considère moins bien que les arabes ?

Je n'en ai pas fini, avec mon histoire. Le jour de l'incendie, on nous avait promis de l'aide. De l'aide financière. De l'aide administrative ? Aujourd'hui, un mois après, où en sommes nous ? Avant les vacances, le directeur de l'école nous avait réunis pour nous informer de l'état des lieux, des volontés, des pistes étudiées. Sa volonté était de réunir au plus vite l'école en un seul endroit, sur la commune, reprendre une vie normale. La piste des algécos a été évoquée, c'était la plus rapide. Seulement, la location est abominablement chère pour une petite commune comme la notre. On ne peut tout simplement pas ... Alors ?

Alors, ce matin, grâce au travail d'un certain nombre de personnes du village (de la communauté de communes), une partie des élèves a pu reprendre les cours sur la commune, dans un gymnase réaménagé. L'autre partie est toujours logée ailleurs. Et je me demande. Je me demande pour combien de temps ? Est ce une solution transitoire ? Transitoire qui va durer jusqu'à la fin de l'année ? Définitive jusqu’à ce que l'école soit reconstruite ? Vont ils "subir" un troisième changement de locaux d'ici le mois de juin ? A la limite, là n'est pas le plus important.

Le plus important c'est que dans le même temps, il y a la crise à Calais. Le plus important, c'est que pour les migrants, on en trouve des algécos potables. Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne faut pas, loin de moi cette idée ! Je dis juste qu'encore une fois, il y a deux poids deux mesures.

Je dis juste que dans les villages, quand on est de bons petits français moyens, on se sent oubliés. Et c'est là que réside ma colère. Ma colère, elle est tournée contre les politiques. Parce que je sens que bon nombre, contrairement à moi, vont dire : ils préfèrent les arabes aux français, il y en a marre de ces arabes ! Parce que leur action conduit perpétuellement à notre division, à augmenter les tensions.

Je peux te donner d'autres exemples, liés à l'actualité nationale et les derniers coups de gueule des paysans. Ils ont causé des millions d'euros de dégâts, ils ont copieusement insulté le président de la République. Et ? Et rien. Que dalle, nada. Aucune plainte. Il n'y a aucune plainte de déposée et il n'y aura aucune condamnation. Quand dans le même temps, des roms sont condamnés suite à une action qui a causé près d'un millions de dégâts. Quand dans le même temps, un syndicaliste a été condamné pour insulte sur le premier ministre. Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne fallait pas condamner ces derniers. Je dis juste qu'il faudrait poursuivre et condamner aussi les autres ...

Je suis fatiguée, triste et extrêmement en colère pour tout cela. A force de caresser dans le sens du poil certaines parties de la population française. A force de vouloir à tout prix condamner le racisme. On en oublie tous les autres. Ils restent sur le bas côté. Oubliés, délaissés, méprisés. Et la colère gronde. Et la colère monte. Inexorablement. Et quand on est en colère, on se trompe parfois de fautif, de coupable.

Et si c'était ce qu'ils cherchent (consciemment ou inconsciemment) ?

C'était un (gros) pavé pour la Mère Cane

Édit 1 : Je sais qu'il y a sans doutes des raccourcis dans cet article, que je n'ai pas toutes les données en main. C'est un peu "fait exprès" parce que bon nombre de français ne les ont pas ces données et les font ces raccourcis. C'est pour montrer cette souffrance que j'évoque.

Édit 2 : Je vous invite à lire, en complément, cette vieille interview publiée sur Midi Libre que j'ai découverte la semaine dernière.

Édit 3 : Je ne modère jamais les commentaires mais je tiens à préciser que je ne m'en priverai pas s'il en venait des racistes, fascistes, etc. Je veux du constructif, pas de la haine. Je pense que mon billet est très clair sur le sujet.

Commentaires

  1. Chaudoudoux
    Je comprends ta colère contre les politiques. Je pense que l'argent, il y en a, autant pr les français que pour les réfugiés. Je pense que dans les grandes villes, près de Calais, y a plein de logements vides qu'on pourrait utiliser, pareil ds le reste de la France, pr les gens qui vivent dans la rue, dans des bidons villes.
    Pour Calais, ce qui m'a choqué, c'est la violence utilisée pour les déloger. Dans ton cas ce qui me choque c'est de voir à quel point l'école de la République n'est pas une priorité pour les hautes sphères au final... Ca doit pas être "vendeur" niveau électoral...
    Il y a peu j'étais comme toi, en colère, fatiguée, démoralisée, dégoutée.
    Et puis je suis tombée sur cette vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=8WiiqssAME4
    et, Même si je reste en colère contre le gouvernement, contre d'autres choses, ça m'a fait bcp de bien de regarder ça. J'ai relativisé plein de choses. Et maintenant, j'ai encore envie de dénoncer certaines choses hein, mais j'ai aussi envie qu'on mette plus l'accent sur ce qui se passe de positif en France, les élans de solidarité, les trucs bien quoi.
    Je te fais plein de chaudoudoux et j'espère que vos hautes huiles vont se bouger pour permettre à vos pitchouns d'étudier ds de bonnes conditions.

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    1. Merci, tu es adorable !

      Je me permets de reformuler légèrement ta première phrase : je dirais plutôt qu'il y a aussi peu d'argent pour les réfugiés que pour les français ...
      Je n'ai pas vu les images de Calais. J'imagine bien qu'ils y ont été dans la finesse et la délicatesse ! Pour mon cas, on dira que c'est un fait divers de plus et qu'ils n'en ont effectivement rien à faire ... Mais c'est ça qui est dramatique et qui pousse l'exaspération à son paroxysme malheureusement !

      Il faudra que j'aille voir ton lien mais ta réflexion me fait penser au blog que nous avions monté il y a quelques temps : regarder le positif plus que le négatif, les belles choses plus que les mauvaises. C'est une façon de voir qui peut faire du bien !

      Je t'embrasse fort et te souhaite un bon week-end.

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  2. Je n'habite ni en province, ni à la campagne, ni loin du pouvoir central et pourtant je partage et je comprends tes idées ;)
    Le mépris pour classes dites moyennes, les citoyens lambda est une réalité. Outre la souffrance et l'incompréhension, une des conséquences engendrée par ce mépris, c'est la montée des extrêmes. Conséquence gravissime sur l'équilibre de notre société.
    Les politiques jouent avec le feu mais n'en ont cure, ce qui les intéressent arriver à leurs fins peu importe les moyens.
    Cette colère des petites gens quoiqu'on en dise est entièrement légitime et continuer à l'ignorer ne fera qu'attiser la rancoeur.
    Parfois, j'en viens même à m'étonner que les choses ne pètent pas plus vite et d'autres fois, je me dis qu'on a (presque) tous de vraies valeurs humaines ancrées au fond de nous et que c'est ça qui nous fait tenir et sûrement pas un éventuel espoir venu d'en-haut ! (divin ou politique, tous dans le même sac^^)
    J'ai plein d'articles en tête à ce sujet...
    Courage et mange du chocolat, ça passera :D oui bon, c'est tout ce que j'ai trouvé pour te remonter le moral^^

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    1. On est nombreux je crois à voir cette exaspération monter ... Entre ceux qui ont décidé d'aller voir du côté des extrêmes et ceux qui ont fait le choix de ne plus voter, l'équilibre de notre société est particulièrement instable en effet.

      Je me demande par rapport aux politiques : sont-ils aveugles, nous prennent ils tellement pour des cons, jouent ils délibérément avec le feu en espérant être réélus sur un coup de "sursaut citoyen" ? Que se passe t'il dans leurs tronches ?

      Quant au fait que les choses n'aient pas pété plus tôt, je suis du genre à penser que c'est parce qu'on est trop englués, on a encore trop à perdre, on ne sait plus comment s'y prendre (oui, je sais, je déborde d'optimisme ...)

      Allez, je vais suivre ton conseil, m'enfiler une tablette de chocolat et sortir :D

      Passe un bon week-end, je t'embrasse fort <3

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    2. Entièrement d'accord avec toi, pour l'instant on a encore trop à perdre...
      Bises <3

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    3. Allez, courage, on y arrivera !

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  3. c'est parfaitement clair et pose en effet un certain nombre de questions. On doit pouvoir marcher sur nos 2 jambes et n'oublier personne en route. On est la 5ème puissance oui ou non ?

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    1. Ce serait bien qu'on n'oublie personne et SURTOUT qu'on le montre !!!

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  4. Sur l'ile, on a très souvent ce sentiment d'oubliés aussi. très très souvent. Dans un autre registre, lors de la grève de 2009 (44 jours bloqués, avec des scènes de guerre à certains ronds-points)... il a fallu attendre 2 semaines avant que les journaux nationaux en parlent. Quand je dis que nous étions bloqués, c'est VRAIMENT bloqué... chacun chez soi... et ceux qui étaient au boulot virés des locaux par des commandos franchement agressifs... rien du tout au journal... alors qu'il suffit d'une journée de grève à paris pour y consacrer tout une partie d'un journal... bref... y a ceux qui comptent et ceux qui comptent moins...

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    1. J'avoue qu'en 2009, je n'avais pas trop suivi le mouvement par chez toi, j'avais quelques problèmes persos à régler ...
      Mais c'est clair que l'insularité n'aide vraiment pas. Mais je me demande si le fin fond des campagnes et montagnes continentales intéressent. Je ne suis pas sûre. C'est tout à fait ça : il y a ceux qui comptent et les autres ; il y a ce qui peut rapporter et le reste. Tant pis si ça scinde. Tant pis si c'est mal perçu.

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