La vague

On ne peut pas vraiment dire qu'on l'attend, surtout pas avec impatience. Mais on sait qu'un jour, tôt ou tard, elle arrivera. Inéluctable, implacable, impitoyable. Elle déferlera sur nos vies, sur nos biens, sur nos cœurs. Elle passera et après, il faudra reconstruire, réparer, panser.

La crue. On en entend parler, à la télé, dans les journaux. Aujourd'hui, elle est loin. Demain, elle sera à nos portes, sur nos routes, dans nos champs et dans nos villes.


J'ai déjà connu des crues, pour de vrai. Pas des crues de la Seine. Je ne sais pas ce qu'est un fleuve de plaine qui monte lentement, doucement mais sûrement, qui noie pour des jours, voire des semaines, comme dans la Somme au début des années 2000. Non, mes crues sont brutales, sont violentes. Une vague, un tsunami qui anéantit tout.

Je me souviens de 1992, de Vaison la Romaine. Nous ne vivions pas loin à l'époque. Je me souviens de ce jour d'octobre, des couloirs du collège noirs en pleine journée, sous les coups de l'orage. Je n'ai pas vu Vaison dévastée. J'ai vécu cet orage là. Tant de fois, j'ai vu le Calavon, minable ruisseau en temps habituel se déchaîner et sortir de son lit, inonder la ville plusieurs mètres plus haut.

Plus récemment, je me souviens des crues de la Gravona, du Liamone et du Porto en février 2014. Des jours de pluie. Le granite qui crache de l'eau par tous ses pores et soudainement, brusquement, la vague qui monte et emporte tout. 


Et pourtant, ce n'était qu'une occurrence décennale. Rien. Rien en comparaison de ce qui nous attend le jour où ça tombera vraiment. Le jour où on arrivera dans l'exceptionnel du type 20, 50 ou même 100. Celle à laquelle on est censés se préparer. Celle que prennent pour modèle les différents services quand ils préparent les plans de protection contre les risques. Ces plans qui justement devraient nous permettre de prévenir, de se protéger et d'atténuer les conséquences des catastrophes.

Comment ? Tout simplement, en ne construisant plus dans les zones identifiées comme inondables et les zones humides, par exemple. Si l'on construit malgré tout, on doit compenser : on remblai quelque part, on doit créer un déblai d'un volume équivalent pas loin. Tu sais, l'eau, c'est bête : ça va là où ça a de la place. Alors si on lui en enlève de la place, elle ira ailleurs.

Mais il faut aussi éviter les digues. Je sais, pendant des siècles, on s'est protégé des inondations avec des digues alors pourquoi plus maintenant ? Parce qu'une digue, ça protège à un endroit X, là où elle est installée, et encore, si et seulement si elle est entretenue (sinon, elle vole en éclats et c'est la catastrophe). Mais surtout, une digue, ça aggrave le risque inondation et les dégâts en aval. Encore une fois, c'est bête comme chou : on endigue, les flots, au lieu de s'étaler, de perdre en puissance, il sont canalisés, il prennent de la puissance et quand ils arrivent en bas de la digue, ils massacrent tout, encore plus fort.

Voilà les principes d'un plan de prévention des risques. Ça c'est le principe. La réalité, elle est toute autre. Combien de constructions, de remblais, de digues sont établis en zone inondable ? Il sont approuvés à une date mais, même s'ils sont respectés, l'urbanisation se poursuit, en amont, avec l'imperméabilisation des sols et 20 ans après que valent ils ?

Nous ne pouvons décider du temps qu'il va faire, et fort heureusement, mais nous avons malheureusement une action sur le climat. Celui ci change et les épisodes exceptionnels avant risquent de devenir moins exceptionnels, plus fréquents. Avec quelles conséquences si nous ne faisons pas attention au lit des rivières et ce que nous y faisons ?

Alors oui, je l'attends, pas vraiment avec impatience, mais je l'attends cet épisode pluvieux d'exception qui ravagera tout sur son passage parce que nous n'avons pas été capables d'avoir un peu de bon sens. J'espère juste qu'au moment où la vague arrivera, je ne serai pas sur son passage, ni vous mes amis.

Commentaires

  1. Moi aussi j'ai connu une crue mémorable au Nord du Portugal où les rues de la ville étaient devenues des torrents furieux... C'est cauchemardesque et nous devons prendre conscience que cela va empirer... Au Québec où j'habite aujourd'hui, nous avons des pompes dans les sous-sols des maisons... Et ça me rassure...

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    1. J'imagine à quel point ça a dû être le cauchemar ... C'est clair que ça doit bien rassurer les pompes dans les sous-sols :-)

      Comme tu dis, il serait grand temps que nous comprenions et agissions en conséquence !

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  2. et pourquoi on ne peut pas pour une fois faire des lois intelligentes qui limiteraient aussi l'agriculture intensive qui épuisent les sols incapables d'absorber la flotte ? ou obliger à replanter un peu partout des haies, des arbres, ça ne limite pas un peu ça aussi ??? j'y connais que dalle mais merci pour cet article !!!

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    1. Oui, stopper l'agriculture intensive et l'imperméabilisation des sols, replanter des haies ne sont pas que des lubies d'écolo. Ce sont des moyens, entre autres de nous protéger contre le inondations.

      Faire des lois intelligentes ? Faudrait être insensés ... Pire, les faire respecter ? Mais même pas en rêve ma brave dame ! Oui, je suis cynique mais c'est malheureusement ce que je vois chaque jour ...

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