Epuisant cinq à sept - Être mère #67

La maison est loin de la zénitude en ce moment, très loin. Les enfants ne sont pas forcément des plus tendres et obéissants et leur mère est à des années lumières de l'éducation bienveillante, des préceptes de Dolto et de Filliozat (pour être plus moderne) (en plus, je n'ai jamais lu aucune des deux, ça me ferait peut être du bien, ou pas).

Bref, certains jours, le plus mauvais épisode de SuperNanny, à côté de la maison, c'est du pipi de chat ...

Ce soir-là faisait suite à un week-end difficile et avait commencé en fanfare. Les pleurs, sur tous les tons possibles et inimaginables, de Catboy ne cessaient pas. J'avais réussi plus ou moins à tenir. Lui, pleurant à mes pieds. Lui pleurant dans sa chambre.

Mais à un moment, la digue à commencé à se fissurer, à rompre et ma colère à m'envahir. Je l'ai repoussé. Je ne pouvais plus. Tout simplement plus.

Je me suis échappée sur le balcon et j'ai pris l'air. La colère, l'angoisse, la souffrance. Tous ces sentiments se bousculaient en moi. Je ne me calmais pas. Je rompais de toutes parts. Je ne pouvais même plus rentrer demander au môme de stopper son caprice, sa colère. J'étais scotchée sur mon mur de granite et je me débattais.

J'ai réussi à me glisser dans un coin du balcon voisin. Et j'ai continué. J'ai continué à lutter. A essayer de respirer pour faire de l'espace autour de moi, et en moi.

Je ne sais pas ce qu'il s'est réellement passé. Ni comment. Ni quand. J'étais dans ce coin de balcon, recroquevillée, je commençais à émerger, j'ai levé les yeux vers la montagne au dessus de moi. Elle était verte, elle se découpait sur un ciel bleu limpide, elle était belle. Elle était sereine. Elle m'apportait la sérénité dont j'avais besoin. Elle me l'injectait en intra-veineuse, à travers les yeux. Je ne peux décrire ce que j'ai ressenti mais j'ai compris que je refaisais surface.

Quand on est parent, sans raison évidente, il y a des périodes plus difficiles que d'autres. Des périodes où plus rien ne va : les enfants, notre patience. Ce qui fonctionnait quelques semaines auparavant ne fonctionne absolument plus : il ne sont plus réceptifs ou nous ne le sommes plus. 

Je pensais en avoir fini avec ces moments où j'ai l'impression de me noyer. Clairement, non.

Nous pensions en avoir fini avec les caprices et colères de Catboy. Clairement, non.

Que faire ? Je ne sais pas, je n'ai pas de solution. Parce-que ce qui a fonctionné ce soir-là, je ne suis pas sure que ça marche ce soir ou dans une semaine (et je parle de moi). Par contre, je me souviendrai longtemps de ce que j'ai ressenti lorsque j'ai vu la montagne. La prochaine fois, j'essaierai de m'y raccrocher comme à une bouée de sauvetage. En espérant.

Et ce soir-là, en allant les border, je suis restée cinq minutes avec lui. Il dormait profondément. Je lui ai murmuré que je l'aimais. Je lui ai dit ce qu'on ne peut lui dire dans la journée, surtout quand il part en crise : il peut et doit s'éloigner de moi, je ne l'en aimerai pas moins, voire mieux. C'est comme ça qu'il se construira. Il ne peut être toujours collé à moi. N'exiger que moi pour le prendre au car, le sortir de la voiture ou lui préparer son petit déjeuner. Il a aussi un père, qui fait ça aussi bien que moi.

Je lui ai murmuré ces mots. Je lui les redirai tous les soirs pour qu'ils imprègnent son petit cerveau en construction.

En espérant. En espérant que ça fonctionne. En espérant que ça l'apaise et qu'il soit rassuré.
C'était ma participation au Être Mère de Babidji

Commentaires

  1. On monte un club copine ?? Je crois qu'on est plusieurs.... Bon mon problème c'est que j'ai pas de montagne... Allez courage un jour ils s'occuperont de nous quand on sera vieux et chiants....��

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    1. Je crois en effet qu'on peut monter un club ... Tu as sûrement autre chose que les montagnes ! J'espère qu'on sera bien chiants quand on sera vieux :-P

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  2. On a tous connu ce moment d'énervement là et la culpabilité qui arrive juste après à un moment ou à un autre. Tu as eu le réflexe de t'isoler pour laisser passer l'orage et te calmer, moi, je n'ai pas toujours su faire aussi bien et parfois, j'ai explosé... et je m'en suis bien voulue après.

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    1. Rassure toi : je n'ai pas toujours ce réflexe là non plus, et souvent j'explose plutôt que de nous isoler les uns des autres :/

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  3. S'isoler dans ces moments là c'est vital ma belle. L'escargot est aussi beaucoup collé à moi et parfois c'est trop. J'ai besoin comme toi de respirer à plein poumons. La nature en général apaise énormément.
    Je suis contente que tu ai trouvé sérénité et réconfort face à la montagne.
    Avec les enfants tu crois que tu as passé un cap. Et puis tu te prends une autre claque dans la figure et tu te dis que c'est un nouveau cap sûrement (c'est quand que ça s'arrête?)
    De tout coeur avec toi. Je t'envoie plein de pensées, d'énergie et de courage pour faire face et pour que le quotidien devienne plus léger.
    Grosses bises. Et prends soin de toi (même si ça te demande des efforts - j'en suis au même point.)

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    1. Oui, l'isolement est parfois absolument vital mais on a parfois tendance à l'oublier, surtout en pleine crise !

      Pourquoi sont ils si pot de colle ? Pourquoi n'arrivent ils pas à comprendre que même s'ils ne sont pas collés à nous, nous les aimons quand même ?

      Je en sais pas quand ça s'arrête, j'ai l'impression que Catboy régresse par moments :/

      Allez, je t'embrasse et te souhaite une bonne fin de week-end

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  4. C'est tellement ça! J'adore ton paragraphe sur les "phases", les périodes plus difficiles que d'autres et l'on ne sait pas pourquoi...C'est destabilisant et difficile, j'en sors d'une avec mon 5 ans et demi et c'était rude. Je sais que les phases d'accalmie ne sont jamais acquises donc je profite et j'essaie, quand tout va bien, de faire pour que la communication et la connexion avec lui soit le mieux possible à ce moment là...Bon courage.(parler dans son sommeil, je fais aussi ;-) )

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    1. Ah tu me rassures ! Je ne suis pas la seule à lui parler dans son sommeil !!!

      C'est tout à fait ça, par cap, par phase ... Je m'en suis plus ou moins rendu compte la semaine dernière parce que ça m'a rappelé une période très tendue assez lointaine, et puis une autre, et une autre ... J'avoue que je ne profite pas assez des accalmies ou juste au moment où elles arrivent, juste après la crise :/

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  5. c'est difficile... le nombre de fois où j'ai cru qu'enfin on était sorti d'une mauvaise phase... que le problème du moment était réglé... pour y retomber sans le voir venir... la chute est rude... on a l'impression d'une mauvaise histoire sans fin... c'est épuisant et moralement compliqué. je t'envoie plein de courage!

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    1. Merci ma Carne ! C'est cela : c'est épuisant et démoralisant ... On se demande sans cesse ce qu'on foire, ce qu'on fait de mal, pourquoi on n'y arrive pas ...

      Allez, je t'embrasse !

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  6. sur ce coup je suis d'une admiration sans faille !!! tu as su justement super bien gérer en t'isolant pour refaire surface ... j'en suis juste incapable ... je ne sais que péter un plomb dans ces cas-là : hurler ! Je vais être honnête, ça les calme de suite sauf que c'est absolument dévastateur pour mes filles ... je vois la petite se crisper, être tétanisée ... je vais en faire des monstres ou des hypersensibles flippées ! en tous les cas tu as fait ce qu'il fallait faire ! tu es super forte, tu rends service à Catboy ! Merci pour ta participation et désolée pour avoir été absente tout ce temps !

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    1. Comme je l'ai dit dans un précédent commentaire : oui, ce jour-là, cette fois-là, j'ai eu le réflexe (et la possibilité) de m'isoler pour refaire surface. Mais pour combien de fois où j'ai eu la même réaction que toi ? Combien de fois j'ai hurlé ? Je ne sais pas, malheureusement. En effet, ça les calme instantanément mais pour combien de temps et pour quels effets à long terme ? Je ne sais pas. J'admire celles et ceux qui arrivent à rester calmes. Je n'ai pas l'impression d'être forte : je me suis enfuie, je n'ai pas fait face :/

      Et tu n'as pas à t'excuser de ton absence !

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