Parenthèse parisienne

Cette histoire a commencé un jour de novembre 2015 quand, après avoir expliqué Charlie à une enfant de cinq ans et demi, après avoir expliqué à une enfant de six ans et demi pourquoi une femme était suspendue dans le vide et appelait au secours, j'ai dû lui dire que non, deux mois plus tôt, je n'avais pas enjambé des cadavres à tous les coins de rue dans Paris. L'état d'urgence battait son plein et je n'avais pas peur par contre, j'avais de la peine pour mon enfant qui avait une image pitoyable de Paris. J'ai voulu monter, monter pour lui montrer que Paris, ce ne sont pas les attentats. 

Paris n'est pas une ville en guerre. Paris est belle en décembre quand elle prépare Noël.

Mais mon banquier a opposé son véto à cette envie de terrasse parisienne. Alors j'ai pesté plus ou moins fortement et je me suis résignée. De toutes façons, ce n'était que partie remise : j'attendrai l'occasion et je monterai avec ma fille.

Et l'occasion s'est présentée sous forme d'une réunion de travail, un lundi. J'ai alors proposé à Batman un week-end en tête à tête avec son fils, il a accepté avec joie. J'ai proposé à Batgirl un week-end filles à Paris ; elle a réfléchi puis elle a accepté. Elle a attendu (plus ou moins) patiemment. J'ai "organisé" notre week-end.

Elle s'est interrogée sur la langue parlée dans cet étrange pays : parlaient-ils comme nous ?

Le 20 novembre 2016, un nouveau réseau terroriste était démantelé. Le 23, ô joie, on apprenait qu'il visait entre autres les Champs-Élysées. Le 24, la Corse du Nord était sous les eaux et comme tout le monde sait pertinemment que ce ne sont que des sauvages, on craignait qu'ils nous envoient leur tempête le lendemain. Mais, finalement, ce sont des gens civilisés. Le 25 novembre, après une nuit d'insomnie à guetter le réveil, nous avons embarqué dans le premier avion et nous avons décollé pour Paris.




Nous avons visité la cité des sciences et de l'industrie, vu un film à la Géode. Nous avons découvert l'homme, son évolution, la génétique au musée de l'homme. Elles ont joué devant la tour Eiffel. Nous avons vu les grandes vitrines et les illuminations sur les Champs-Élysées.

Elle a découvert Paris et s'est faite une amie. Elle a aimé Paris. Elle a remarqué que tout le monde ne parlait pas la même langue que nous.


J'ai pu voir des amies et j'ai revu Paris. Paris, sous un angle que je ne connaissais pas. Paris post-attentats avec ses vigiles à l'entrée des musées et des centres commerciaux. Paris et ses gendarmes et militaires qui patrouillent. Paris et ces sourcils qui se froncent quand la voix dans le micro est différente. Mais aussi Paris qui vit normalement. Paris, avec une enfant de sept ans qui ne connait pas la ville, ses us et coutumes.

J'ai découvert une facette de moi que je ne connaissais pas, et pour cause. Se promener, ou tout simplement aller d'un point à un autre, dans une grande ville avec une enfant, c'est un sport que j'ignorais. Je me pensais être une mère cool. Je ne le suis pas tant que ça. Serrer la main de son enfant pour ne pas l'égarer dans la foule. Le chercher désespérément des yeux quand on a osé lui lâcher la main dans une foule dense. Constater que certaines fois, on ne les voit pas beaucoup les forces de l'ordre, quand même. Mais aussi confier son enfant à des hôtesses dans un aéroport parisien et attendre, la boule au ventre, pendant des siècles, que son père appelle pour dire qu'elle est bien arrivée à bon port, saine et sauve.

On m'a dit que tout ça était beaucoup plus dur pour nous que pour nos enfants parce que eux, ils ne connaissent que la vie post-attentat. C'est leur vie, point barre. Et constater que, même si on a du mal par moment, c'est notre vie aussi. Peur ? Non. Mais réaliste et résignée. Je me suis pliée à tous les contrôles comme si cela était normal. Comme si cela faisait partie de mon quotidien.

Bref, j'ai revu Paris. Ce fut un week-end dense. J'y suis restée quatre jours, beaucoup trop courts à mon goût. 


Commentaires

  1. Tu lui a montré Paris tel quel. Une ville qui panse ses blessures et qui vit. Une belle parenthèse pour vous deux. J'espère que le vol retour s'est bien passé!
    Grosses bises et belle fin de semaine!

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    1. Oui, ce fut une belle parenthèse :) Le retour s'est très bien passé, merci.

      Je te souhaite un excellent week-end. Bises

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  2. Paris vit. Malgré ma peur, nous y allons régulièrement. Les enfants sont surpris par tous ces gendarmes... ça les interroge... et en même temps ils savent.
    C'est une chouette moment mère fille!

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    1. Oui, la vie continue, heureusement !!! Batgirl n'a pas réagi face aux gendarmes mais par contre, elle s'est posée des questions quand elle a vu les militaires. J'ai essayé de lui expliquer sobrement, pas envie de reparler attentat ou risque d'attentat !

      Oui, ce fut vraiment un magnifique moment mère - fille et c'est de que nous retiendrons :)

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  3. Moi aussi j'aime Paris et ton article me rappelle de magnifiques souvenirs, malgré les violences, malgré les morts...

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  4. Ravie de t'avoir rappelé des souvenirs heureux :) Et oui, malgré tout, Paris reste Paris !!!

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