Pour que d'autres aient ma chance

Je ne la connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Je ne savais même pas son prénom ni son nom. Mais je me souviens d'elle, de son histoire, ou plutôt de ses dernières heures comme si c'était hier. Et pourtant, c'était il y a un peu plus de 7 ans.

Elle vivait en Balagne, en Corse, elle était enceinte. C'était le mois d'avril. Ce jour-là, le travail a commencé. Elle a donc pris la route, pour se rendre à la maternité la plus proche, Bastia, à plus d'1h30 de voiture. Les secours ont été alertés et, devant l'urgence de la situation, pour lui éviter un accouchement dans la voiture, elle fut prise en charge par l'hélicoptère. 

Elle a vu son bébé mais ils ne sont jamais arrivés à Bastia. Le temps était trop mauvais.

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Encore aujourd'hui, plus de sept ans après, je me souviens de ce fait divers. Je m'en souviens parce-que je me suis identifiée à cette jeune maman. A l'époque, j'étais enceinte de Batgirl, à un mois de mon terme. A l'époque, je vivais en région parisienne mais je venais de faire ma demande de mutation pour la Corse. 

A l'époque, j'avais de la chance, par rapport à cette jeune maman.

J'avais choisi d'accoucher en Provence. J'allais être logée à moins de dix minutes en voiture de ma maternité. Je n'avais aucun risque d'embouteillage. Ça me rassurait, pour mon premier accouchement. Je me souviens aussi de la tête de ma mère quand je lui avais fait part de mon intention : la maternité était tellement petite qu'elle avait peur pour notre sécurité au bébé et à moi. Elle était allée voir notre médecin de famille qui l'avait rassurée.

J'ai eu une chance immense de pouvoir y donner la vie à ma fille. J'aurais aussi aimé y donner naissance à mon fils. La maternité était certes minuscule mais j'ai ainsi pu avoir tout l'accompagnement dont j'avais besoin. Des conseils, aussi. Du soutien. 

A l'époque de la naissance de Batgirl, il y avait à peu près 300 accouchements par an dans cette maternité. Mais, à force de menaces de fermeture, à force de sursis de six mois, les autorités ont obtenu ce qu'elles désiraient : tomber sous la barre fatidique des 250 accouchements par an. En effet, comment oser s'inscrire dans une maternité dont on n'est pas sure qu'elle sera encore là dans 3 ou 4 mois ? Comment s'investir professionnellement si on ne sait pas si on pourra continuer à exercer ?

Et pourtant. Et pourtant, quelques irréductibles y croyaient encore. Il y a quelques jours, j'ai vu une amie. Une amie qui avait eu la chance de donner la vie une semaine auparavant dans cette toute petite maternité. Elle en était heureuse.

Oui mais voilà, l'administration n'aime pas les petites structures. Elle n'aime pas quand on sort du droit chemin qu'elle a tracé. L'administration n'en a rien à faire que des femmes devront désormais faire 1 h ou 2 de voiture, sur des routes parfois complètement pourries, notamment en hiver, pour pouvoir accoucher, dans des maternités souvent débordées. De toutes façons, l'administration n'en a rien à faire des bouseux du fin fond des campagnes et des montagnes. 

Ce funeste mercredi 9 novembre 2016, elle l'a une nouvelle fois prouvé en annonçant la fermeture de la toute petite maternité d'Apt. On nous parle de droit des femmes, on nous parle de maisons de naissance pour aider les mères à accoucher différemment, on nous parle de maternités amies des bébés. Ma toute petite maternité d'Apt n'avait aucun de ces labels mais elle était un peu tout ça à la fois. En plus de la sécurité d'une véritable structure hospitalière.

Personne ne s'avoue vaincu. La lutte va continuer. Des manifestations vont avoir lieu très régulièrement pour s'opposer à cette décision. Et je suis si loin, si désarmée aussi.


Commentaires

  1. C'est l'argent qui mène le monde, n'est-ce pas? Devant l'argent aucun droit humain ne résiste...

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    1. C'est cela, nous ne sommes rien face à l'argent ! Triste monde ...

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  2. La force de la pensée ma belle! Oui je sais ça peut paraître innocent mais ce ne l'est pas. Quand on est loin, c'est tout ce qu'on a pour ajouter notre grain de sable à la lutte, alors faisons le sans hésiter et avec foi.
    Je ne comprends ces fermetures et cette notion de rentabilité quand il s'agit de vies humaines (et de naissance qui plus est à une époque où, comme tu le dis si bien, on ne parle que de ça, du bien-être de la mère et de l'enfant).
    J'associe mes pensées aux tiennes pour que cette maternité soit sauvée.
    Je t'embrasse.

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    1. Oui, c'est bien tout ce qu'il nous reste, la force de la pensée ... On est si peu de choses face à cette impitoyable machine !

      Moi non p;us, je ne comprends pas ces fermetures. On parle de bien-être mais on parle aussi de sauver des vies. Je croise les doigts, j'espère mais je crains que si on la sauve ce coup-ci, ce ne soit que pour mieux la fermer dans quelques mois ...

      Bref, ce n'est pas simple !

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