Et je me suis abstenue

C'était un soir d'avril, un dimanche soir. Nous étions tous les deux abasourdis devant la télévision. Nous ne l'avions pas vue venir celle-là d'affiche. Je me souviens que j'eus une conversation avec ma mère durant laquelle les divergences d'opinion avaient commencé à pointer. Les jours suivants, dans ce petit appartement grenoblois, deux points de vue se sont confrontés ; l'un visant, déjà, à dire tant pis, s'il passe, ça cassera ; l'autre, non, il ne faut pas (qu'il passe). Pendant deux semaines, je suis allée dans la rue me confronter à ceux comme moi. Militer. Appeler à manifester. Appeler à voter, quoiqu'il en coûte. 

Moi, la timide. Je me souviens être allée dans les amphithéâtres appeler les autres étudiants à se mobiliser. Pas la peste brune. Je me souviens m'être agacée après ces abrutis plus préoccupés par leurs partiels à venir que par l'avenir du pays dans lequel ils vivaient et leurs futures libertés.

Je me souviens de cette manifestation gigantesque le samedi de l'entre deux tours. La ville était noire, environ 60 000, l'une des plus grosses mobilisations ce jour-là. Ce jour-là, je me suis aussi cassé la voix à coup de "Nous sommes tous des enfants d'immigrés".

Bref, il fallait voter. Même Chirac. Il ne fallait pas laisser Le Pen gagner.


Quinze ans après, jour pour jour, le ventre noué, je prenais une décision difficile quant à ce nouveau vote. Quinze ans et deux jours plus tard, sur un bateau, au cœur de la Méditerranée, entourée de mes deux enfants, j'apprenais que la fille était au second tour mais que, heureusement, elle n'était "que" deuxième et, heureusement, Fillon n'était pas qualifié.

Mais quinze ans après, le monde a changé. L'extrême droite est au pouvoir aux États-Unis et en Russie, elle est aux portes du pouvoir dans de nombreux pays, notamment européens. La boule est là, au creux de la gorge, nouée au plus profond de mes entrailles. Quinze ans après, je ne suis plus étudiante et j'ai deux enfants. Quinze ans après, ma décision est prise sans l'ombre d'un doute pour le second tour.

Quinze ans après, je n'ai plus le temps de courir les manifestations, les réunions de rue et les tractages. J'ai un blog, sur lequel je peux m'exprimer. Est-ce que je touche ainsi plus de monde ? Moins ? Je ne sais absolument pas.

Mais je m'abstiens.

Je m'abstiens d'écrire des articles fleuves sur le FN et ses dangers. Je m'abstiens d'appeler à voter. Je ferme pratiquement mon blog. Je m'étrangle et m'énerve même après tous ces articles qui se succèdent sur Internet, dans la presse. Nous expliquant par A+B qu'il faut aller voter. Voter, même si on ne l'aime pas. Voter parce que, vous comprenez braves gens, le FN est dangereux. Dangereux pour notre démocratie, dangereux pour nos droits, vos droits, vous femmes, pas blanc-he-s, pas français-e-s de souche, homosexuel-le-s. 

Mais je me pose des questions. Où sont ils donc tous en dehors de ce malheureux entre-deux tours d'une présidentielle avec le FN au second tour pour se battre contre lui ? Où ? Depuis bientôt un mois maintenant, je ne vois plus aucun article dans la presse, plus aucune tribune, pour nous expliquer tous les dangers du vote extrême et de l'abstention ... Pourtant, il y a une nouvelle élection dans 9 jours.

Mais même nous, où sommes nous en dehors de cette misérable période pour nous battre contre ce satané parti et ses idées nauséabondes ? Voyez, je suis sure que j'aurais écrit mon billet il y a un mois, malgré l'indigestion à l'époque, il aurait cartonné ... Aujourd'hui, je l'écris, il restera certainement dans les nimbes de mon blog.

Et pour continuer dans les questions. J'aimerais savoir : puisque le FN est si dangereux pour le pays et la démocratie, pourquoi ne l'interdit-on pas ? Pourquoi ? A moins, que sa présence et ses hauts scores ne servent quelques intérêts bien particuliers et permettent de bénéficier du "front républicain" ... Oui, je mets entre guillemets et sans majuscule parce-que si tel est le cas, il n'y a plus rien de républicain là dedans.

Pour finir cet article, je suis convaincue des dangers du FN. Je n'ai nul besoin que pendant deux semaines on me les rabâche. Par contre, je suis également convaincue que c'est une lutte de tous les jours. Et j'essaie, au quotidien, à mon petit niveau de me battre contre. Chaque jour. En commençant par l'éducation que je donne à mes enfants.

Je n'ai pas fait d'article depuis un mois. Je ne vous ai pas expliqué en long, en large et en travers, pourquoi il fallait voter Macron au second tour, même si. Par contre, pendant ce temps, depuis un mois, et encore dimanche dernier, dans la voiture, en retour de week-end, j'ai expliqué les dangers du FN et de Marine à ma fille de 8 ans et mon fils de 4.

Parce-que, comme je leur dis : "Ce sont les idées du FN qu'il faut tuer".


Commentaires

  1. Pour les français de l'étranger, c'est demain le premier tour. C'est vrai que c'est fou le quasi manque d’intérêt :(
    Faut croire qu'on apprend jamais et qu'on compte toujours se réveiller la veille du second pour crier au scandale et appeler à aller voter contre...
    Lutter contre les extrêmes est une course d'endurance je suis d'accord.

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    1. Oui, j'ai vu ça que vous votiez ce week-end. Mais ne t'inquiète pas : ici aussi, tout le monde s'en fiche éperdument ... Ça ne mobilise pas grand monde !!!

      Le problème de cette méthode de "lutte", c'est qu'un jour ça ne fonctionnera pas et que le FN passera. Parce que, en toute honnêteté, j'ai certes voté Macron mais je n'aurais pas pu le faire pour Fillon !

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  2. C'est rigolo, on etait dans la meme manif il y a quinze ans :-) (J'etais "chez" les anarchistes.)
    Tu as bien raison, sinon, l'eveil de la conscience politique ne s'arrete pas aux elections :( ... Mais surtout, on fait quoi pour tous ces gens qui sont tellement malheureux qu'il se mettent a voter "extreme"... Je n'ai meme pas le debut de la reponse ... :(

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    1. C'est pas vrai !!! Fallait bien qu'un jour je tombe sur une ancienne étudiante grenobloise :D Elle était belle cette manif' et voir cette photo m'émeut ;) (moi, j'étais "chez" LCR ce jour là).

      Je ne sais pas non plus ce qu'on peut faire pour toutes ces personnes qui sont tellement malheureuses et qui votent FN. Je ne sais pas. Leur dire que c'est loin d'être la solution à leurs problèmes, bien au contraire, est en soi inacceptable.

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  3. c'est "drôle"... je n'ai jamais entendu parler autant des législatives que cette année... ou bien c'est plutôt que pour la Première fois j'y porte une vraie attention... c'est sans doute ça... je fais partie des gens qui ont clamé qu'il fallait aller voter aux présidentielles... je fais aussi partie des gens qui n'ont rien pondu sur les législatives... comme beaucoup, je suis lessivée de tout ça... mais j'irai voter... pour la 2ème fois de ma vie à des législatives...

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    1. Et bien tu vois, moi, j'ai l'impression de ne pas en avoir entendu parler de ces législatives. En tout cas, je ne m'y suis pas intéressée, ça c'est sûr et quand je vois la participation hier, ça confirme nettement cette impression.

      Moi aussi, je suis assez lassée de tout ça. Je ne sais pas encore ce que je ferai la semaine prochaine : mon candidat n'est pas au second tour et j'ai la chance de ne pas avoir les Natios ... Je suis soulagée de ça mais franchement dégoutée parce qu'ils sont présents sur les 3 autres circonscriptions de Corse et ils ne sont pas mieux que le FN. J'ai vraiment pas envie de les voir entrer à l'assemblée nationale et c'est un risque non négligeable. En plus, en décembre, on doit encore voter (territoriales) et franchement, je crains le résultat final !

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    2. clairement, les gens se sont désintéressés ou saturent... j'irai à nouveau voter dimanche prochain. J'avais zappé les élections de décembre... ras le bol.

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    3. Pour décembre prochain, c'est juste la Corse qui aura l'immense "privilège" de se rendre une nouvelle fois aux urnes : l'assemblée n'avait été élue que pour deux ans, le temps de préparer la fusion entre la région et les deux départements qui sera effective au 1 janvier 2018. Du coup, faut élire en décembre une nouvelle assemblée territoriale. En 2015, je m'étais abstenue, ils avaient gagné et je peux te dire que ce coup-ci, j'irai voter, même UMP mais tout sauf eux, ils sont une plaie pestilentielle.

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