Un couteau dans le dos, ça pique

L'entretien avait commencé depuis un bon moment déjà quand elle s'est posée, m'a regardée et m'a dit :

"Ça a pris de nombreuses années, tout ça, il y en a eu des contre-temps.
Vous ne vous êtes jamais découragée ? Vous n'en avez jamais eu marre ?"

En souriant, je lui ai montré mon parcours, les concours passés tout au long de ces 10 dernières années et notamment un, datant de 2012, qui semble si anachronique au milieu de tous les autres :

"Si, j'en ai eu marre et en 2012, j'ai passé le concours de professeure des écoles".

Ce jour-là, j'allais bien. Ce jour-là, j'étais optimiste et je pensais avoir appris de ces années, ces "échecs", ces contre-temps. Ce jour-là, j'avais encore en tête une des maximes de mon précédent chef de service, vieux routard de l'administration française : "ça ne sert à rien de ruer dans les brancards, de s'énerver, ça viendra quand ça viendra". Je résume le propos et forcis sans doutes le trait mais ça veut dire ça, en fait.

Ce jour-là, j'étais bien, il faisait beau, il faisait chaud et j'allais revoir ma copine, pas vue depuis près de 6 mois. Le lendemain, nous devions embarquer pour la Sardaigne et mes dossiers avançaient, à leur rythme, mais ils avançaient, sans contre-torpilleur.

Et puis. Et puis, je suis rentrée. Je me suis pris dans la figure un obstacle à franchir, et pas des moindres l'obstacle, sur un projet sur lequel je travaille depuis des mois. Un projet qui avançait bien. Un coup en pleine figure, des couteaux plus aiguisés que ceux du PS dans le dos de Hamon. Planté par l'administration, encore elle.


Depuis, j'ai mal. J'ai du mal à me relever. A me raisonner et me dire que, de toutes manières, ça se fera. Parce-qu'à l'image d'un autre élu, d'un autre projet, celui-là, quand il apprendra que l'administration veut lui mettre des bâtons dans les roues, il découvrira qu'il y tient à son programme. Et il saura faire sauter les verrous. De la part de ma hiérarchie, je ne peux aujourd'hui attendre aucun soutien. Je ne peux qu'attendre que les élus interviennent et se fassent un malin plaisir à aller à faire avaler des couleuvres à l'état impérial.

Je n'aime pas attendre. Je n'aime pas prendre mon mal en patience. Je n'aime pas dépendre des autres, de leur bonne volonté. Et je n'aime pas être comme ça. Surtout, je n'aime pas découvrir que, malgré les années, l'expérience, malgré tout ça, en fait, non, je n'ai pas changé. Je n'aime pas me voir prendre mon travail autant à cœur et me rendre malade pour lui et mettre ma famille à mal parce-que je suis devenue irritable à cause de ce fichu travail. Je suis fonctionnaire, en bas de l'échelle, je ne devrais pas. Et pourtant. Ces derniers temps, je valorisais mon parcours en me disant persévérante et je découvre que je prends toujours autant les nerfs ; que je me laisse abattre si vite.

Et puis un nouveau week-end passe là dessus. Je médite. On fête un anniversaire. On va à la plage. Les enfants dessinent et je fais faire les devoirs. Et on se fait un barbecue et on mange dehors. Et je reprends le travail et le cours de mon article différemment. Je suis reposée et zen.

Jusqu'à quand ? Je croise les doigts pour ne pas replonger avant l'été.


Commentaires

  1. Pourquoi le fonctionnariat va mal??? Bah voilà... parce qu'on use les bons élèments.....

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    1. Je ne suis pas sûre d'être un bon élément mais sinon, tu as tout à fait raison : la fonction publique est malade de son fonctionnement et de son "management" et use les meilleures volontés du monde ...

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    2. je te souhaite de ne pas replonger ni avant... ni après l'été.

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