Equilibriste

Suite à mon article de l'autre jour, je vais essayer de mettre des mots, les plus posés qu'il soit, sur ce qu'il se passe en ce moment et le pourquoi de ce craquage ... Est-ce réellement grave ? Est-ce que je grossis les choses, j'en rajoute ? Je vais essayer de démêler tout cela.

Il y a 9 ans, j'étais dans les Yvelines, premier poste en sortie d'école, autrement dit, je n'avais rien prémédité. Au mois de mars, une opportunité de choisir et de partir vers des contrées plus accueillantes, même si moins verdoyantes, et un boulot plus intéressant s'est présentée et je l'ai saisie. Je suis donc arrivée sur mon île et mon poste.

Pendant les premières années, tout allait bien, même si parfois cela n'avançait pas aussi vite que je le souhaitais, mais ça allait. Épaulée par un super chef de service, vieux routard de l'administration, j'ai appris la patience et que tout finit par arriver, même si parfois c'est un peu long. Quand je dis "super" en parlant de mon chef, ce n'est pas un euphémisme et, même s'il avait ses défauts (nul n'est parfait), je savais à l'époque que c'était un bon supérieur. Je l'avais compris et la suite des évènements me prouve, chaque jour, un peu plus, que nous avions de la chance ...

Bref. C'était un homme qui avait de l'expérience, savait s'organiser, savait écouter ses subordonnés. Il ne prenait pas de décision avant d'avoir toutes les clés, essayait de faire au mieux, avec toutes les réglementations qui parfois se contredisent, et savait faire accepter ses choix. Il nous tenait toujours informés de ceux-ci et, malgré la différence de culture administrative de base (il était d'un ministère où l'on pratique beaucoup le râteau hiérarchique), il savait déléguer. Je me suis ainsi retrouvée en réunion avec une sous-préfète avec juste un débriefing préalable et la présence du directeur (mais plus pour faire joli qu'autre chose). 

C'était le genre de personne pour qui tu as envie de te décarcasser. Le genre de personne qui pouvait appeler alors que tu es encore sur le bateau pour demander quelque chose et, dès que tu débarquais, tu fonçais au bureau pour l' "aider".

J'en parle au passé parce-que, bien évidemment, il n'est plus sur ce poste : il y a un peu plus de 2 ans, il a eu une promotion. Et j'en suis heureuse pour lui, même si pour nous et le service, ça a signé la fin des haricots ...


Plusieurs personnes ont postulé. Malheureusement, c'est celle qui avait été classée dernière par le directeur qui a eu le poste : les autres ont eu un autre vœu. Et c'est là que ça a commencé à aller de mal en pis.

En arrivant, elle a tout de suite commencé à être débordée et à se plaindre en conséquence : rends toi compte, elle arrivait à 7 h le matin, repartait à 19 h et ne s'en sortait pas ... Certains ont pensé qu'elle allait craquer, ne pas tenir le coup, beaucoup la plaignaient. Personnellement, j'ai naïvement cru qu'elle reverrait ses priorités et cesserait de passer 30 min au café le matin, 1h30 à table le midi et nous raconter sa vie entre-temps. Grossière erreur car, 2 ans 1/2 après, ce n'est plus 30 minutes le matin mais 1 h, la pause repas dure quasi 2h et le matin, elle ne commence pas à bosser avant 9h30 ... Je ne suis pas méchante, ni mauvaise langue, juste réaliste : certes elle déboule au bureau vers 7h45 mais avec ses 2 mômes, elle raconte sa vie à tout le monde puis part mener ses petits à l'école, elle revient facile à 8h45, voire plus tard, puis elle enchaine direct sur le café jusque minimum 9h30. C'est du lourd.
Alors, tu me diras, certes ce n'est pas très productif mais il n'y a pas de quoi s'offusquer, elle a peut être appris à mieux s'organiser et peut désormais voir ses enfants le matin ... Si le travail était fait correctement, non, je n'aurais pas grand chose à dire, en effet, à part qu'on est dans la caricature du fonctionnaire, en Corse. Le problème EST que le travail ne suit pas derrière.

On en est à un stade où mon dernier courrier a mis 1 mois et demi à partir. Et je ne suis pas la seule ou la plus mal lotie : on a tous des délais de dingue entre le moment où nos courriers entrent dans son bureau et celui où ils en sortent ! En fait, ils arrivent dans son bureau, ils s'entassent dans un coin puis au bout de 2 semaines, voire plus, elle les regarde et (pour justifier ?) les corrige ; parfois c'est juste de la paraphrase ... Moi, début janvier, elle voulait que je modifie l'orthographe d'un lieu-dit que j'avais écrit de la manière qu'elle me l'avait demandé 4 mois auparavant pour en revenir à la première écriture ! J'ai fait ma mauvaise tête, n'ai pas corrigé l'orthographe et renvoyé le tout, le courrier a attendu 3 semaines de plus pour partir sans être remodifié ...

Pour parfaire le tout, elle ne délègue rien : un courrier signé par un chef d'unité doit obligatoirement être validé par elle avant de pouvoir être expédié, nous n'avons plus le droit d'envoyer un mail sans qu'elle ne le valide. Tout, absolument tout, doit initialement passer par elle : mails qui sortent, mails qui entrent. C'est bien simple, je ne dois avoir plus qu'un ou deux mails par jour.

Par-dessus le marché, elle sabote (enfin je ressens ça comme du sabotage) notre travail. Dans le sens où elle répond plus vite que son ombre que tout va bien pour elle alors que les choses ne respectent pas les contraintes que nous avons pu énoncer en réunion. Dans le sens, où elle ne nous transmet pas les informations. Dans le sens où les délais sont tellement allongés à cause de ses carences qu'on en vient à fournir des accords tacites sur des dossiers où l'on avait des choses à redire et faire modifier.

Par contre, il faut qu'on fasse des tableaux de suivi de nos dossiers ... Et le pire, dans tout ça, c'est que chaque jour, chaque semaine, chaque mois, la situation s'aggrave. On dirait une machine qui s'est emballée et qu'on n'arrive plus à stopper. Je ne suis pas la seule à en avoir marre : des collègues arrivés en septembre en ont également leur claque. Malheureusement, personne ne se bouge vraiment. Et on ne peut compter sur sa hiérarchie car celle-ci ne dit rien, ne dira rien.

Personnellement, je n'y arrive pas. Je me dis bien que je n'ai qu'à me "fonctionnariser", laisser couler, de toutes façons, que je travaille ou non, ça revient au même, j'aurai la même paye à la fin du mois, mais ce n'est pas dans mon caractère et je n'y arrive pas ... Ne pas être tenue informée, régresser professionnellement puisqu'il n'y a plus aucune délégation, voir des dossiers plantés parce-qu'elle a mis son nez dedans ou parce-qu'elle n'a pas donné l'accord pour l'envoi en moins de 6 semaines, je ne peux pas, ce  n'est tout simplement pas dans mon caractère.

Je ne suis pas quelqu'un d'hyper-actif mais j'aime que mon travail avance correctement et qu'il soit bien fait. Ce n'est plus le cas. Et j'en suis à un stade où, non, je ne travaille moi-même plus correctement, j'accumule du retard car je n'arrive pas à me plonger dans certaines taches. Un matin sur deux, j'ai la boule au ventre de devoir y aller, passer encore une journée ici, dans ce service. Il y a deux semaines, j'ai fait de rapides recherches sur le fameux burn-out professionnel, un test rapide et ce qu'il en est ressorti n'est pas réjouissant et il se pourrait effectivement que je n'en sois pas loin. 


Honnêtement, cela m'a fait très bizarre de lire ces résultats. Ça m'a fait bizarre parce-que dans ma tête, un burn-out, c'est pour les gens qui ont trop de boulot, sont surchargés et qui un jour craquent. Il est nettement plus facile de dire que mon frère qui faisait des horaires de dingue dans le privé et qui du jour au lendemain a tout envoyé chier a fait un Burn-Out que de me le dire pour moi, qui suis fonctionnaire, en bas de l'échelle, et ne suis pas débordée par le travail ...

Néanmoins, je ne me ferai pas arrêter. Non pas que je me crois indispensable, bien au contraire. Juste que je sais qu'il me sera impossible de retourner travailler. Maintenant, j'ai deux solutions qui s'offrent à moi :
  1. Réussir mon concours (résultats de l'écrit le 24 mars, oral en juin) et avoir une mutation dans ce cadre-là.
  2. Obtenir une mutation sans le concours, sans la promotion. Jusqu'ici, je me refusais à le faire par correction vis-à-vis du service d'accueil. Aujourd'hui, non.
Dans tous les cas, il faut que je tienne encore plusieurs mois. Voilà pourquoi, j'ai l'impression de faire de l'équilibrisme sur un fil, en équilibre, à 30 m de haut ...

Commentaires

  1. bon courage et je croise les doigts pour toi. Pour tenir dans les moments difficiles, je me suis toujours répété : cette parenthèse désagréable n'est qu'une parenthèse, elle ne résume pas ma vie et cette période négative a un début mais aura aussi une fin.
    tiens bon.

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    1. Je te remercie Amélie ! Oui, je sais que ce ne sont que de mauvais moments et le soleil reviendra bien vite :)

      Bises <3

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  2. Pas facile de trouver son équilibre justement dans un tel climat. Ca va passer mais en attendant c'est lourd et je comprends ton état d'esprit. Plein de courage et de pensées positives pour tenir le coup ma belle.

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    1. Je te remercie Marie. Non, ce n'est vraiment pas évident de tenir. Je tiens parce-que j'ai une échéance et une porte de sortie mais sinon, ce serait encore plus dur ...

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  3. ça sent en effet le burn out. Pouvoir respecter son supérieur est essentiel je pense. Savoir que son travail avance, est reconnu et apprécié aussi. Prends soin de toi et je crois les doigts encore!

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    1. Merci ma belle. Oui, je pense comme toi, dans le travail, il faut pouvoir respecter son supérieur, il faut que ça avance (même doucement) et sans ça, c'est très difficile :'(

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