Libres d'être des individus

Je ne sais plus comment nous en sommes arrivés à parler de ça, comment le sujet est arrivé sur le tapis mais il y eut cette première réflexion :

Toutes ces actrices qui crient au viol maintenant, c'est du grand n'importe quoi ... Elles couchent pour réussir, on le sait tous, on l'a toujours dit. Ça s'appelle de la prostitution, elles n'ont qu'à assumer.

On attendait une réaction de ma part. Que je confirme penser pareil mais j'étais gênée car je ne pense pas tout à fait de la même façon. Puis une autre personne enchaina :

Ce sont des "prostituées" puisqu'elles couchent pour réussir. Alors qu'une femme dans une entreprise, harcelée à longueur de journée, qui fini par céder pour avoir sa promotion / conserver son poste, là, oui, c'est du viol.

C'est à ce moment-là que je suis intervenue :
Pourquoi dans le second cas considère-t-on effectivement la femme victime de viol et pas dans le premier ? Finalement, cela relève du même principe : finir par accepter la relation sexuelle pour pouvoir travailler (être une comédienne reconnue ou progresser dans l'entreprise). Dans les deux cas, c'est de la "promotion canapé" et si l'on considère que c'est de la prostitution pour l'un, ce le sera aussi pour l'autre ...

J'aurais pu dire que si l'on considère qu'il y en a une qui a été violée, alors il faut admettre que l'autre aussi. Je n'ai pas voulu me lancer dans un grand débat et je sais que l'idée fait son chemin. Je sais aussi que je ne fais pas partie de la même génération que mes interlocuteurs et que forcément je n'ai pas le même point de vue sur la question. Je suis à mi-chemin entre cette génération et celle qui fronde, celle qui bouscule tout et remet tout en question sur cette question du consentement. J'ai grandi avec cette idée que quand on entrait dans un jeu de séduction, si à la fin on refusait de "passer à la casserole", on passait pour une sale petite allumeuse. Aujourd'hui, cette idée est bousculée, aujourd'hui, on dit que, oui, on a le droit, à la dernière minute de ne pas avoir envie et que l'autre en face doit le respecter.

On est dans une nouvelle face du féminisme, des rapports entre les hommes et les femmes. Les revendications de nos mères et nos grands-mères, "Mon corps, Mon choix" n'ont jamais été autant d'actualité mais dans une autre dimension : plus uniquement celle de la procréation mais aussi et surtout désormais celle du consentement au jeu de séduction, à la relation sexuelle. Ce n'est pas, à mon sens, du puritanisme, bien au contraire, bien au delà, c'est de la liberté d'être soi, de "maîtriser" sa vie, de ne plus être un objet, d'être un individu à part entière, encore plus loin, encore mieux.

Il ne s'agit aucunement d'être contre les hommes mais avec eux, d'être traitées et considérées, comme eux, comme des êtres humains à part entière, des individus dotés d'un cerveau et pas seulement des objets de désir sexuel. Que l'on ne considère plus qu'il est normal de coucher pour avoir une promotion.

J'aurais aussi pu dire que ce n'est pas parce-que ça s'est toujours fait, qu'on le disait qu'elles couchaient pour réussir que c'est normal pour autant. J'aurais également pu argumenter que ce n'est pas parce-que ça l'a été (normal) à une époque que ça l'est toujours aujourd'hui ... Nous évoluons et ce que nous considérions comme normal ou aberrant avant ne l'est plus forcément aujourd'hui. Il était ainsi normal il y a quelques années que les femmes soient considérées comme mineures à vie, qu'elles n'aient pas le droit de voter, détenir un compte en banque ou travailler. Disposer de leur corps, à quoi bon ?

J'aurais aussi pu argumenter que nous n'y étions pas, ce jour-là, à ce moment-là et que nous ne savons pas exactement ce qu'il s'est passé. Que sur le moment elles n'ont peut être pas réalisé et que c'est avec les années, le changement des mentalités, aussi. Partir dans une longue dissertation sur la culture du viol.

J'aurais pu tellement de choses. Je ne me battrai pas contre la génération au-dessus de moi sur ces choses-là. Je me battrai juste pour que mon fils et ma fille ne trouvent pas normal qu'on harcèle quelqu'un jusqu'à ce qu'il/elle cède ; ne jamais leur entendre dire "avec la tenue qu'elle portait". Je me battrai bec et ongle pour que l'une comme l'autre ne trouvent pas normal qu'il faille coucher pour obtenir plus de responsabilité. Je me battrai pour que tous les deux puissent faire ce qu'ils veulent de leur vie.

Commentaires

  1. Et bien moi je suis d'accord avec toi. Une femme a le droit d'être allumeuse, provocatrice et de dire non si elle ne veut pas. Surtout qu'être provocatrice ne veut pas dire la même chose pour telle ou telle personne.

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    1. Oui, tu as raison : selon les personnes, être provocatrice n'a pas la même signification ... Je trouve que c'est bien qu'on évolue à ce sujet.

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  2. Je suis d'accord avec toi. A partir du moment où on dit "non" ce "non" doit être entendu et respecté.
    Toutefois pour les actrices ou autres personnes qui acceptent contre un travail ou une augmentation de répondre aux avances ou injonctions de certains hommes, je pense qu'on oublie l'idée de "choix". Si dans certains cas les femmes ne l'ont pas, dans d'autres elles l'ont et choisissent une situation qui leur donnera accès à un statut, une reconnaissance...à partir de quand, de quoi il y a t-il consentement ou non-consentement?

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    1. C'est toute la difficulté de la question. Je ne pense pas que toutes celles qui ont accepté contre un emploi, une augmentation de répondre aux avances ont été violées. Un certain nombre de femmes le font en toute connaissance de cause et l'ont ce choix. Nous ne devons en effet pas l'oublier mais, dans l'entreprise comme dans le monde du cinéma, il y en a sans doutes un certain nombre aussi qui ne l'ont pas, sont contraintes ...

      On ne peut pas, avec seulement quelques éléments, dire il y a eut consentement ou non. C'est la femme et, éventuellement les juges si elle porte ça devant la justice qui doit le déterminer. Enfin, je le pense.

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  3. Perso je considère que la prostitution est également du viol car le rapport n'est pas désiré par la femme.

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    1. C'est une façon de voir les choses, oui. Je ne le voyais pas comme ça, perso. Je n'en suis pas encore arrivée dans mon cheminement jusque là.

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  4. Je trouve que les discours actuels font clairement émerger les différences de perception entre les générations, et moi aussi, au travail, parfois j'en ai marre de me lancer dans cette croisade.
    Alors moi aussi je me concentre sur la génération à venir !

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    1. C'est impressionnant cette différence de perception entre les générations ! Je pense, oui, qu'il faut se concentrer sur les jeunes générations, elles sont importantes !!!

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